5 erreurs habituelles des anciens végans

Le chemin des végans sur le plan alimentaire (disons de manière plus globale : végétaliens) est parsemé d’embûches : s’il semble qu’il faille planifier son alimentation, il faut également une volonté de fer pour ne pas faire d’écarts (note aux cheagans : le fromage est cruellement addictif), bien se complémenter en B12 (mais pas seulement), tout mesurer, peser et sous-peser, penser vitamine A, Zinc, Fer, iode, protéines…et pas trop forcer sur les fibres qui produisent des gaz…bref ce n’est pas à la portée de tout le monde ! D’ailleurs les végétaliens véritables ne sont que 0,1% en France(1), et le taux d’abandon du régime est significatif(2), ce qui laisse des doutes légitimes sur la généralisation d’un tel régime à toute la population. Si l’on tient compte également d’éventuels biais du survivant sur les études existantes, ou des mentalités de guerrières et guerriers souffrant en silence, dans la honte, parmi les végans au long cours, cela semble une gageure.

Aussi il n’est pas rare de croiser des ex végans en « déconversion ». Si remettre un blouson en cuir, ou utiliser du gel-douche testé sur les animaux ne devrait pas poser de soucis, le retour à une alimentation omnivore peut être embarrassant. Et pour de multiples raisons, surtout psychologiques, et ce d’autant plus que le régime végétalien a été adopté pendant longtemps. Il n’est pas évident de redevenir omnivore, ou de redevenir « normalement » omnivore. Les repères socio-culturels ayant été au préalable savamment déconstruits, l’ancien végan, doit apprendre à reconstruire son univers et se remettre en selle. Or, en faisant ceci, il commet souvent des erreurs, dont voici les cinq principales.


  • Vouloir aller trop vite

Doucement…ce n’est pas une course. Le palais et les papilles gustatives n’ont peut-être pas l’habitude de ré-ingurgiter des aliments d’origine animale. Le poids des habitudes végans sont encore là, donc réintroduire à dose homéopathique comme « condiments » de la viande ou des laitages est une stratégie à considérer. Aussi, il faut tenir compte de toute l’appréhension d’un ancien végan qui a peut-être été militant, qui a ruminé des années durant que viande = meurtre. Accepter que cela puisse être difficile est un premier pas, on ne va pas effectivement consommer des tripes ou des abats à J+1 après le souhait de redevenir omnivore : ces aliments, de par leurs aspect et leur texture particulière rappellent trop vite l’animal qui a vécu. Le poids moral, l’aversion (et le dégoût pour certains) à la consommation d’aliments d’origine animale aura été cultivé de telles années, qu’il est normal, pour ne pas dire naturel, que de nombreuses appréhensions soient présentes. A chaque individu de savoir s’il recommence par des œufs, des laitages ou même du poisson pané, pour consommer des aliments qui ne présentent pas dans la forme au moins, un lien avec l’animal.

  • Garder les habitudes de complémentation

Sauf à être suivi médicalement, et raisons de carences évidentes et urgentes à combler, l’enjeu n’est pas de continuer de se complémenter, mais bien retrouver une alimentation équilibrée. Sauf facéties particulières, aliment ultra-transformés et régimes tordus, manger omnivore n’occasionne pas en soi de carences(3). On peut revendre ses excédents de Veg1 sans soucis. Les compléments peuvent éventuellement être une béquille au début…mais pas une facilité à recommander toute la vie.

Adieu Veg1, la star des compléments végétaliens
  • Embrayer sur d’autres théories irrationnelles

Devenir végan (ou/et crudivores pour certains d’entre eux), et pour bon nombre d’entre eux – pas forcément tous – c’était trouver une explication universelle à tous les maux de la terre : depuis que l’on mange des animaux, on a une mauvaise santé, l’écologie se barre en cacahouètes, et le « patriarcarnisme » assoie sa domination sans pitié. D’où l’idéologie végane (dite antispéciste) qui prospère sur ce genre de méta-explications généralistes, facile à prendre en main, et où des slogans permettent de faire l’économie de la réflexion. Une sorte de prêt-à-penser, car l’idéologie c’est ce qui pense à votre place dit-on.

Redevenir omnivore, c’est en quelque sorte rejeter cette mythologie. Mais comme une sorte de malédiction qui les poursuit, les anciens végans ont tendance à chercher des théories alternatives simplistes tout aussi fausses, mais dans le camp omnivore, plutôt que d’accepter une forme de complexité. Ainsi, à titre d’exemple, bon nombre se jette sur la théorie insulinique de la prise de poids(4). Cette théorie ne fait absolument pas consensus et n’est pas prise au sérieux par la majeure partie des scientifiques sur la question. Le modèle calorique associé au fonctionnement du cerveau(4b) semble tenir la corde.

Ce serait dommage de tomber de Charybde en Scylla…

C’est par exemple le cas de Lierre Keith, auteur du Mythe Végétarien, qui certes, rejette les mythologies végétarienne, végétalienne et végane…mais embraie directement sur les théories chères à Atkins, Gary Taubes et compagnie. On peut se demander si effectivement cela vaut la peine d’embrasser une autre pseudoscience, omnivore cette fois-ci, comme en miroir du véganisme. Redevenir omnivore n’est pas une raison pour retomber dans le travers de l’ultra-solution qui expliquerait absolument tout.

  • Persévérer dans l’extrémisme alimentaire

Dans la continuité de la précédente erreur, et peut-être en vue de réparer des années de végétalisme, il arrive souvent que les anciens végans trouvent commode d’inverser leur univers. En sus de théories douteuses, la tentation est grande de rattraper le temps perdu. Ainsi beaucoup tombent dans les régimes pauvres en glucides. Et si ça ne marche pas, ils adoptent le régime cétogène, encore plus pur. Et pour ceux qui ont décidé qu’il y avait encore trop de végétaux nocifs, le régime carnivore(5) leur tend les bras. Cette recherche de la pureté alimentaire qui était la trame végétalienne (d’abord arrêter la viande, puis le poisson, puis les laitages…), trouve un parallèle saisissant en milieu « carni ».

Est-il nécessaire de préciser, que redevenir omnivore, ne consiste précisément pas à ne manger que des aliments d’origine animale ? Et pourtant aussi trivial que cela puisse être, l’enjeu c’est de consommer à nouveau ce type d’aliments, mais pas au point qu’ils exercent une éviction des végétaux ! Et cela arrive hélas fréquemment. Il ne faut pas sous-estimer non plus la capacité du cerveau à se reposer sur une binarité alimentaire, avec d’un côté des aliments sains (purs ?), et de l’autre des aliments à éviter (impurs ?), et donc à recréer des évictions, sources d’autres ennuis.

  • Sous-estimer l’aide d’un tiers

Parce qu’une alimentation déconstruite des années durant aura besoin d’être reconstruite en faisant la paix, avec les aliments d’origine animale, refaire le point avec un diététicien (ou médecin nutritionniste) diplômé n’est pas une stratégie vaine. Voir un professionnel permettra d’éviter les écueils typiques abordés par exemple dans le présent article, et repartir sur de bonnes bases. Parce qu’évidemment d’autres erreurs peuvent être commises, propres à chaque individu, l’article ci-présent ne saurait toutes les citer. Pour les plus fragiles, un psychologue ne serait pas de trop selon l’étendue des dégâts.


Pour conclure, revenir au bercail n’est pas une tâche aisée et ce d’autant que l’on s’est coupé alimentairement du reste de la société de nombreuses années. Il y a « tout à revoir », en quelque sorte, des choses à réapprendre, des habitudes durables à reconstituer.

Aussi, se remettre à manger des aliments d’origine animale est un vrai défi individuel : il faut abandonner cet horrible POA (produits d’origine animale) qui vient des mêmes personnes qui sépare l’humanité entre les élus et les moldus(6) : 99 à 99,9% de la population sont des moldus nommés « carnistes ». Il faut préférer l’expression « aliments d’origine animale ». Se réapproprier la sémantique est en soi un bon moyen de couper avec l’idéologie d’une frange auto-certifiée élite qui aurait tout compris à l’éthique et aux valeurs, contrairement aux autres.

On pourrait aussi donner comme conseil de se taire. De ne pas faire la publicité de leur changement de paradigme. A moins de savoir ce que vous faites, et que vous vous sentez capables d’endosser les répercussions sur les réseaux sociaux. Certains en ont payé le prix, pour avoir désavoué ainsi leur ancienne communauté.

Et ensuite, faire la paix avec l’héritage omnivore de l’humanité…ce qui pourrait presque constituer la principale difficulté, à un niveau très symbolique.


Notes et sources :

1 Voir France Agrimer : https://www.ifop.com/publication/vegetariens-et-flexitariens-en-france-une-enquete-referente-realisee-aupres-de-15-000-francais/

2 Veganisme : échec et mat…https://www.federation-omnivores-responsables.ovh/veganisme-echec-et-mat/

3 Même pour la vitamine D, si on prend suffisamment le soleil dans l’année, je considèrerais plutôt la piste du magnésium, tout d’abord par l’alimentation, et vraiment si besoin…par la complémentation. Suppversity a écrit quelques articles éclairants à ce sujet.

4 Tirée de Good Calories, Bad Calories, ayant connu un engouement réel fin des années 2000 et qui semble être une réactualisation des idées de Atkins. Elle est résumée en quelques points ici

4b Lire par exemple The Hungry Brain de Stephan Guyenet, un petit résumé disponible ici

5 Le régime carnivore est une vague qui nous vient des US. Elle ne cherche pas forcément à répliquer les régimes (quasi) carnivores ayant existé, mais fonde une autre mythologie, construit un régime, voir par exemple, The Carnivore Code de Paul Saladino.

6 Le terme moldu a été inventé par l’auteure de Harry Potter. Il est attribué à toutes les personnes qui sont dépourvues de pouvoirs magiques et qui restent dans l’ignorance de l’existence du monde des sorciers.

9 commentaires sur “5 erreurs habituelles des anciens végans

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    1. C’est dramatique quand la dérive sectaire prend des atours scientifiques. Tu sais que je viens de me rendre compte ? Que les dirigeants de la très (trop) respectée Ourworldindata que l’on pourrait prendre pour un site d’aggrégateur de statistiques, est dirigée par des gens affiliés à l’altruisme efficace. L’entrisme a trop bien réussi en fait.

      1. Je n’arrête pas de le dire mais personne ne me prend au sérieux : le New Age, au sens le plus large, est la première religion de France. Et ça ne fait que commencer vu comme ça s’est infiltré absolument partout …

      2. Quand les gens tiennent à l’astrologie, aux bols tibétains, à la réincarnation, je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche ^^ après est-ce pire que le vieux barbu qui nous a conçu ?

      3. Sociétalement, oui : les religions ont une structure, des chefs, on peut donc facilement garder un œil dessus. C’est très facile de savoir que les adorateurs de la fraternité Saint Pi X sont des cinglés, c’est donc facile de les surveiller pour qu’ils ne nuisent pas trop. Quand on a des croyances à la carte, sans responsable qu’on puisse incriminer le cas échéant, ça me semble vraiment beaucoup plus dangereux.

      4. « Quand on a des croyances à la carte, sans responsable qu’on puisse incriminer le cas échéant, ça me semble vraiment beaucoup plus dangereux.  »

        C’est une des raisons qui font que je n’arrive pas à conclure que véganisme = secte, même si j’ai de forts indices pour le penser. Me manque peut-être aussi un petit bagage épistémologique. (c’est une faiblesse que j’admets)

        Maintenant, qu’ils fassent le dos rond en dépit des indices mentionnés, c’est également de la mauvaise foi…

        Ils passent de fait sous les radars, sauf la Miviludes récemment.

      5. C’est pour ça que pour tout le New Age – et la quête de pureté vegane rentre complètement là-dedans – on parle généralement de dérive sectaire et non de secte. Les sectes telles qu’elles pullulaient dans les années 90 avec gourou en toge, ça se fait vraiment rare. Maintenant on te vend des goodies plutôt qu’un bon d’adhésion. Typiquement, on va te vendre des extracteurs de jus (toute ressemblance etc etc) sans te faire vivre en communauté. Le capitalisme est très souple, les trucs sectaires aussi …

      6. C’est le principe même d’une nébuleuse : c’est grand, ça part dans tous les sens, et on ne se rend pas forcément compte qu’on est dedans.
        Tu es bien courageux de continuer à œuvrer pour essayer d’en rattraper quelques uns au vol !

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