Article mis en avant

Mon entrecôte est scientifique

~ Petit guide de l’autodéfense omnivore ~

Le préambule :


Cet article redonne des outils, des sites web, des médias, des livres à toute personne qui doute un peu ou beaucoup des messages végans et flexitariens.
Cet article présente ainsi des éléments de réflexion utiles pour l’émergence d’un consensus scientifique en évitant que ce dernier ne soit biaisé par le point de vue végan/flexitarien.
Cet article se veut un contrepoint à l’hystérie anti-viande (ou alors sévèrement flexitarienne) qui prévaut, et n’a pas pour but de convaincre, sinon de présenter le point de vue rationaliste et scientifique en cela qu’il est compatible avec une vision omnivore, saine et écologique. Chose qui percole bien sur les réseaux sociaux en langue anglaise, et à un degré moindre en langue française. Ce point de vue n’a pas l’impact médiatique qu’il mérite.
Cet article cause surtout de nutrition, d’agronomie, et…très peu d’éthique. Pour la bonne raison qu’une éthique qui n’est pas soutenue par une nutrition et une agronomie durable (la pérennité biologique) est une éthique hors sol, à tendance sacrificielle ; et que l’on quitte la science pour la philosophie ou la croyance et je suis sincèrement moins à l’aise :). Aussi j’estime que joindre la philosophie au rationalisme me semble déjà un parti pris assez culotté. D’autres auteurs ont écrit sur la question de surcroit, comme Paul Sugy, dernièrement.
Pour cette raison je parle de végans et non d’antispécistes.
Il n’a pas vocation à être exhaustif, ni parfait, il sera sans sans doute mis à jour au fur et à mesure.

Ajout du 11/09/2021 : Un fil Twitter en tant qu’addendum pour mettre au clair certaines choses avant :

Bonne lecture.


Le point de départ :

Il y a quelques semaines, le GIEC n’allait pas par quatre chemins sur son dernier rapport. La situation est gravissime, et il faut agir : le réchauffement climatique arrive et plus fort que prévu. Un des leviers dont nous disposons serait de restreindre très fortement l’élevage sans toutefois l’abolir. 14 grammes par jour grand maximum dit Eat-Lancet. Moins que l’âme humaine quand elle quitte le corps ! Des apprentis sorciers du net arrivent même à faire joujou avec Ourworldindata, comme sur ce fil Twitter qui a pour but de ridiculiser, que dis-je d’atomiser le pauvre Etienne Agri, avec un ton qui fleure plus l’enfantillage que l’approche scientifique, et méticuleusement contextualisée.

GIEC : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
Eat-Lancet commission Co-présidée par les professeurs Walter Willett et Johan Rockström, elle a réuni 19 commissaires et 18 co-auteurs provenant
de 16 pays différent et dotés d’expertise dans divers domaines dont la santé
humaine, l’agriculture, les sciences politiques et environnementales.

Our World In Data est une publication en ligne qui présente des recherches empiriques et des données qui montrent comment les conditions de vie partout dans le monde changent en fonction du temps.

Ce fil capture bien l’air du temps (zeitgeist) qui accuse les aliments d’origine animale, et encore plus la viande, notamment celle bœuf. Frédéric Leroy parle à ce sujet de bœuf émissaire1. Cette attaque, très régulière depuis quelques années, s’articule principalement autour de la question écologique et dans une moindre mesure de la santé. Cela sera les deux angles sous lesquels le texte ci-présent s’articulera à part quasi égales.

Et là…me voilà propulsé malgré moi dans la sphère pseudoscientifique, à défendre traditions, corridas, BBQ, avec des arguments éculés et qui ne font pas le poids face au rouleau compresseur rationaliste ! Car le monde rationaliste francophone, ou disons-le, celui de la zététique2 penche plutôt du côté flexitarien, sinon végan de la force. Selon certaines personnes de la mouvance zététique, le consensus scientifique semblerait indiquer qu’il faille limiter les aliments d’origine animale car leur consommation/production provoquerait l’émission de davantage de gaz à effet de serre. Sans parler des maladies du cœur, et des cancer…

Et pourtant…?

Et si éplucher la science, revenir à la méthode scientifique pouvait donner un autre son de cloche, ou en tout cas démontrer l’absence de réel consensus scientifique ?

Plus pro-omnivore qu’anti-végan…

Pour ce faire, l’article va se concentrer d’abord sur l’état des lieux, car les opinions sont diverses et variées, et pas toujours aussi scientifiques que l’on voudrait. Le second point fait l’objet des divers mouvements revendiquant de manière scientifique l’élevage, et pourquoi ce dernier ne constitue pas une menace écologique mais une solution. Le troisième point plus centré sur la nutrition, abordera les erreurs de raisonnements typiques que l’on peut entendre parfois. Ne me revendiquant pas zététicien, sceptique ou rationaliste, j’ai tenté malgré tout de faire un travail dans ce sens. Je suis allé vérifier en quelque sorte si quelque part dans un univers parallèle, cette communauté ne penchait pas vers un omnivorisme éclairé 🙂


I : l’état des lieux : qui pense quoi ?

A) La viande attaquée, le constat médiatique

Depuis 2014, je dirais qu’il se passe quelque chose, je pressentais cela dans Tristes Protides. Cela me sera confirmé deux ans plus tard par la vidéo YouTube très racoleuse de DataGueule La boucherie la viande pleure. Les temps changent, et la viande, dans les mentalités, n’est plus cet aliment désiré et nutritif, c’est devenu quelque chose à limiter ou à bannir. La médiatisation de néo-végans comme Aymeric Caron, Nagui, Guillaume Meurice ou Hugo Clément montraient la voie à suivre. Sur cette vague j’ai écrit aussi La viande éthique…sur France Inter, ou bien Divagations Carnistes, sans avoir tous les éléments qui se mettaient en place à un niveau bien plus haut. Des documentaires ont vu le jour, comme Cowspiracy, The Game Changers, What The Health…ou Seaspiracy. Le véganisme devenait tendance et médiatisé, sinon banalisé.

Mais surtout il s’est enlevé de tous les oripeaux qui lui collaient à la peau depuis des décennies : ce n’est désormais plus l’affaire de post-hippies en recherche de détox, de jeûnes et de nourriture crue, sous haute influence de spiritualités venues d’Asie, ou de naturopathie douteuse. Cela c’est la vieille garde du végétarisme/lisme, plutôt préoccupée par le développement personnel et la santé. J’ai longtemps eu cette image-là des végans, et il faut le dire, beaucoup de gens pensent à cette population-là de prime. Je les appelle les Namastévégans.

C’est une erreur. Le véganisme a muté. La génération qui a éclos courant des années 2010 est plus instruite, plus préoccupée par l’écologie et le réchauffement climatique. Et surtout, qui donne le la ? Je vous le donne en mille, les richissimes entrepreneurs de la Silicon Valley, qui pour tromper leur ennui, se sont réunis autour de l’Open Philanthropy Projet, sorte d’organisation guidées par les principes de l’Altruisme Efficace (un truc de Peter Singer, le papa du véganisme actuel). Quand l’argent afflue sur toutes sortes d’associations – au hasard, L214 ? -, il est plus facile de faire progresser des idées. L’on pourrait contre-argumenter en pensant que je suis complotiste, ou que la fin justifie les moyens, du moment que l’argent sert à des actions jugées bonnes, cela n’est moralement pas répréhensible, la discussion revenant sur les questions éthiques.

Le pendant de tout ça, c’est monter de toutes pièces des entreprises qui investiguent les marchés naissant des viandes végétales, ou de la viande cellulaire, façon Ravage de Barjavel, soutenues par une presse plus qu’enthousiaste (Le Guardian outre-manche ?). Beyond Meat, Les Nouveaux Fermiers, autant de nouveaux noms qui font désormais partie du paysage. Ces startups sont des dizaines. Mon pressentiment de 2014 s’est vu confirmé, plus d’une fois. On est passé d’un monde où Tricatel, dans le film de Louis de Funès L’aile ou la cuisse, n’est plus un repoussoir unanime, mais au contraire quelque chose de désirable ! Pour en savoir plus, il convient de lire le livre Steak Barbare de Gilles Luneau, ou l’enquête qu’il a publié dans le magazine WeDemain. Dénigrer l’élevage sous sa forme actuelle pour mieux vendre ses substituts, le subterfuge est trop gros hein, je deviens conspirationniste, je gère le café du comptoir ? Je vous prie dans ce cas de vite vous intéresser aux travaux de Frédéric Leroy1 qui démontre tout ceci.

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Les mots sont forts. Outranciers, mais justifiés

La sphère scientifique est aussi touchée. Voir un Aurélien Barrau très médiatisé (par ailleurs une pointure dans son domaine de prédilection) pointer du doigt l’élevage est un symbole très fort. Désormais, la science s’est prononcée : la viande c’est la source de bien des maux, aussi bien écologiques que sanitaires, car oui même la Covid-19 serait du à une zoonose. Les milieux zététiques, rationalistes, sceptiques, ont évolué en ce sens, l’AFIS étant, par exemple mesurée en 2008. Mais depuis des sceptiques végans ont fait florès et occupent, écrasent le paysage, sans trop exagérer.

L’on pourra citer des personnalités comme Vled Tapas, Florence Dellerie, Richard Monvoisin, Thibaud Fiolet. D’autres personnalités qui gravitent autour de la sphère sceptique, trop nombreuses pour les citer semblent embrayer dans ce bœuf émissaire comme si c’était une évidence et que le consensus scientifique était clair comme de l’eau de roche : l’élevage et les aliments d’origine animale sont à réduire strictement sinon à éliminer. Aussi, ces dernières années, j’ai eu un arrière-goût pas très agréable en bouche, que la zététique actuelle et le véganisme étaient devenus la même chose. Ou que le véganisme était devenu une branche de la zététique, comme si ça allait de soi. J’ai compilé tout ça sur une page à part que je vous invite à aller visiter, pour montrer que je n’exagère pas. Le mouvement est tellement étendu et actif, qu’il existe une micro branche sur Facebook, nommée Vegan Task Force, chargée de jeter l’opprobre sur les omnivores – déshonneur par association -, par exemple en les assimilants à des débiles ou des antivaxx. Ou comment inverser la réalité quand on connait la nature pseudoscientifique des végans du passé (c’est à dire : les NamastéVégans).

Cliquer pour lire la page sur la collusion Zététique et Véganisme

B) Des opinions très diverses et pas forcément réconciliables

Il est donc temps de faire connaissance avec les autres courants de pensée, après avoir focalisé et fait quelques mises au point, voici donc une photographie personnelle issue de ma réflexion sur la diversité des opinions sur la viande en général, et sans doute sur l’ensemble des aliments d’origine animale. Ce n’est pas un schéma scientifique, il n’est pas issu d’une étude sociologique, c’est à prendre comme tel, un instantané des opinions que j’ai pu lire à droite et à gauche. Les débats comme toujours ayant tendance à être clivants, j’ai donc détecté 4 grands pôles situés aux extrémités. En abscisse on la pensée (pro-viande et anti-viande et les nuances entre), et en ordonnée, comment on pense ce que l’on pense (clin d’œil au podcast Méta de Choc), que j’ai réduit aux divers degrés de rationalisme.

Cliquer pour obtenir ce schéma à la bonne résolution

C) Les explications complémentaires parce que vous êtes perdus

Le schéma est un peu dense, oui cela me permettait de pouvoir placer les acteurs et les mouvements de pensée que l’on pouvait croiser, du plus insignifiant au plus actif politiquement parlant. Évidemment je n’allais pas vous laisser tout seul sans expliciter certains choix de ma part.

  • Le Cercle des flexitariens disparus :

En hommage à un grand film, je l’ai placé pile poil au centre du schéma, étant conscient que même si le schéma présente un équilibre, la fenêtre d’Overton3 est vraiment déplacée vers la gauche, et ceci en conséquence de la rhétorique médiatique du Bœuf Émissaire. Les flexitariens représentent un peu cette frange molle de la population qui se soumet un peu aux idées véganes. Il en résulte qu’il ne faut pas trop manger de viande, c’est pas bon. Chouette poncif…mais bon c’est dur à arrêter, on en mange un peu quand même.

Pourquoi Interbev, le lobby saignant français de la viande ? Euh, parce qu’ils se sont tirés une balle dans le pied avec leur campagne de publicité, en qualité. Peu convaincant, on pourrait les croire sous entrisme végan tellement leurs campagnes sont ridicules et mal ciblées. Ou contreproductives. Et pas tellement raccord avec le point de vue rationaliste.

  • Les TechnoVégans :

Vu quelques lignes au-dessus, je n’y reviens pas plus que ça. C’est la forme la plus évoluée du véganisme et celle qui parvient à convaincre le plus de monde. Celle qui a le plus sophistiqué ses arguments. Qui admet-même que l’homme est bien omnivore, et ne tombent pas sur les erreurs de raisonnement de leurs compères du bas, en évitant de colporter des mythes grossiers qui desservent la cause. Nettement mieux structurés ils sont à la base du succès actuel des idées véganes, qui ne se traduit pas tant que ça en nombre d’adeptes stricto sensu, mais de militantisme et donc d’occupation de l’espace médiatique. Celui-ci voit et verra de nombreux succès se réaliser : les substituts à la viande, les jours sans viande à la cantine, les taxes sur la viande, pour les plus médiatiques. Le papa des TechnoVégans semble Peter Singer, mais je l’aurais pas vu aussi technoïde que la branche dont il est à l’origine. Ses enfants ont bien grandi.

  • Le Schisme :

Je place l’église des adventistes du 7ème jour parce que bien qu’issue d’une croyance religieuse, l’ADA – American Dietetic Association – cite souvent les études scientifiques de Loma Linda. Les TechnoVégans s’y réfèrent souvent, et la coloration religieuse des adventistes du 7ème jour infuse naturellement davantage vers les NamastéVégans :

La position de l’American Dietetic Association est que les régimes végétariens planifiés de manière appropriée, y compris les régimes totalement végétariens ou végétaliens, sont sains, nutritionnellement adéquats, et peuvent apporter des bénéfices en matière de prévention et de traitement de certaines maladies. Les régimes végétariens bien planifiés conviennent aux individus à toutes les étapes du cycle de vie, y compris la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, ainsi qu’aux athlètes.

Position of the American Dietetic Association: vegetarian diets
Winston J Craig  1 Ann Reed MangelsAmerican Dietetic Association
Affiliations
PMID: 19562864
DOI: 10.1016/j.jada.2009.05.027
  • Les NamastéVégans :

C’était les végans tel que j’ai pu voir par le passé. Largement moins rigoureux que les précédents, les thèmes abordés y sont sensiblement différents, en dehors de l’éthique. La santé y occupe une place plus importante, parce que ce mouvement est plutôt axé sur le développement personnel. La viande y est vue comme putréfiant dans les intestins, décalcifiante et pleine de toxines, il faut donc l’éviter. Ainsi la détox, le crudivorisme, l’hygiénisme à la Shelton avec les fruits ou non, une forme d’ascétisme, occupent des places de choix dans leur thématique. Les jaïns de l’Inde – hélas végétaRiens – dont on aperçoit le symbole est souvent utilisé comme peuple qui réussit. Parfois ce sont les bishnoïs, un autre peuple hindou, qui sont instrumentalisés. Je trouve ces végans très poreux à la « pensée » anthroposophe, ou à l’histoire tabou des totalitarismes du 20ème siècle4. Un Thierry Casasnovas, bien que se défendant d’être végan, trouve naturellement plutôt sa place dans cette partie-là du schéma. Le média L’EKO VOICE sur Facebook qui se targue de rentrer en contact avec les animaux par télépathie rentre évidemment dans cette catégorie, tout comme les médias qui demandent explicitement de l’argent sous forme de cagnotte pour subvenir aux besoins de tel ou tel sanctuaire me semblent relever du courant Namasté.

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Tout bien que tu détiens est un soucis qui te retient…

Quand je pensais aux végans par le passé, avec ou sans Peter Singer, je pensais à eux. Quand il s’essaient à la science, ils reproduisent des schémas d’humains, d’herbivores et de chiens, en partant à la cueillette de cerises, pour prouver que l’homme est herbivore. Plutôt grossier hein…les TechnoVégans ne répliquent pas cette erreur. Évidemment, il y a des nuances et des variations que je n’aborde pas plus que ça, comme l’auteur de Starch Solution (John McDougall), ni franchement Namasté, ni Technoïde, mais plutôt borné sur une conception nutritionnelle du véganisme.

  • Le Pôle Cochonou :

Quand les végans partent bouter le karniste, ils ont cette image en tête. A savoir le français moyen, bête comme ses pieds, qui mange de la viande PARCE QUE, et qui poste des images de viande bien saignante en pensant choquer le végan moyen. Ces gens-là existent, certes et n’ont pas ou peu de vrais arguments scientifiques à opposer. Le plaisir occupe une place centrale, et sentent ou pressentent que les végans la leur font à l’envers. Les deux clans sont irréconciliables, malheureusement. Ils n’ont ni les mêmes idées, ni la même conception du monde. Le Pôle Cochonou sert aussi d’épouvantail commode pour les végans afin de pulvériser l’arsenal des arguments omnivores, cri de la carotte en tête (même si loin d’être si bête que ça) des arguments bas de plafond et faciles à démonter dans une perspective végane. On reviendra dessus ultérieurement. Le Pôle Cochonou est plutôt pour le statu quo conservateur, la situation actuelle leur convient.

  • Les prairies vertes : nommé initialement Karnistland

Que l’on peut résumer par mouvement intellectuel d’autodéfense pro-omnivore. Le propos n’est pas pour le status quo, et envisage bien une mutation des pratiques agricoles et alimentaires. Le propos n’est vraiment pas celui d’Interbev : on pourra lire dans dans Sacred Cow5 que « moins de viande mais mieux » est une affirmation consensuelle sans grande valeur scientifique. L’enjeu, partagé sur Aleph2020, n’est donc pas de répliquer les méthodes agricoles actuelles, mais bien d’implémenter l’agriculture régénératrice en conformité avec l’agroécologie (et son pendant chez Allan Savory « Holistic Planned Grazing ») afin de toujours nourrir les sols de manière durable, et cela implique les animaux, y compris les bovins. Qui peuvent nourrir les humains à leur tour. Le tour de force est de s’affranchir de la rhétorique végan, et au lieu de voir l’élevage comme un soucis, il s’agit au contraire d’une solution. Je ne rentre pas dans les détails, Karnistland fera l’objet de la seconde grande partie du présent article.


II : En défense du modèle omnivore

A) L’autodéfense en tant qu’investigation des forces véganes en présence

Si l’animalisme triomphe si fort depuis quelques années, cela n’est pas sans raison. Il y a des forces qui poussent en ce sens. Avant tout une force idéologique, par voie de conséquence monétaire, et enfin politique. Cette histoire nous est narrée par exemple par Gilles Luneau dans Steak Barbare, ou dans un média plus synthétique, le magazine We Demain6.

Cliquer pour voir le livre chez l’éditeur

Au menu : Comment les idées antispécistes d’un Peter Singer percolent sur l’idéologie transhumaniste des multimilliardaires de la Silicon Valley. De nombreuses sociétés sont ainsi créées pour remplacer à terme la viande : tantôt cela sera les protéines végétales (cf Tristes Protides), tantôt cela sera la viande de culture et autres viandes en 3D. Les poudres nourrissantes, façon Feed (comme le nom de la nourriture que l’on donne aux animaux en langue anglaise) Soylent Green (Soleil Vert le film), complètent ce tableau dystopique. Ces gens ont littéralement décidé de changer notre monde, notre culture. Ce n’est pas une figure de style. Riches d’un gigantesque patrimoine, et n’ayant plus rien à prouver, ils se sont mis en tête, mégalomanie oblige, de « faire bouger les choses ». En y mettant les moyens, par exemple, en se regroupant autour de l’Open Philanthropy Projet, organisme qui va attribuer des subventions (par exemple à L214 en France) et organiser ses propres recherches (ça c’est pour le sachoir).

C’est en connaissant mieux son adversaire que l’on peut lui répondre

En établissant une ligne de conduite, une idéologie sournoise mais conçue en béton armée ainsi que de l’argent à profusion, et des militants fidèles, qu’arrive-t-il en conséquence ? Les idées progressent, aussi bien sous la forme de militants jusqu’au-boutistes qui essaient de causer le moindre mal aux animaux que de flexitariens soucieux d’écologie. Il ne se passe pas un jour, sans que les médias ne causent de cette vilaine carne. L’on pourra se demander si nos institutions politiques ou non ne sont pas déjà vermoulues par l’entrisme végan à toutes les fonctions stratégiques7.

Toujours pas convaincu ? OK, dans ce cas-là, il faut remettre une couche en s’intéressant à Frédéric Leroy. Ce nom ne vous dira rien, probablement. Il fait également un travail énorme, en débusquant les âneries véganes, ou flexitariennes du moment, ou dénoncer les agissements de Marco Springmann, jamais à l’abri de science orientée et d’agenda politique (anglicisme qui peut se traduire par feuille de route) pour faire progresser la cause via Eat-Lancet8. Quand il ne fait pas une vidéo qui décrypte la stratégie globale et industrielle qui veut nous faire abandonner l’élevage et la viande, il participe au site Aleph2020. Aleph2020 se veut un début de réponse scientifique contre le narratif (storytelling pour les abreuvés d’anglais toute la journée) technovégan. C’est là que les choses deviennent intéressantes.

B) La défense de l’omnivorisme comme modèle sain, durable et écologique

Le végétarisme est ancien, les prémisses de l’argumentation végane en matière de santé sont à remonter à Ancel Keys (qui a focalisé sur le cholestérol et les graisses saturées comme cause centrale des maladies cardiovasculaires), les Zones Bleues, et ainsi de suite jusqu’à T. Colin Campbell. Ainsi a débuté le dénigrement de la viande et des aliments d’origine animale, de par l’angle de la santé.

La montée en puissance des technovégans dans les années 2010 va appuyer l’idée que la viande n’est pas seulement mauvaise pour votre santé mais également pour la planète, en plus de faire du mal aux animaux. Petit à petit, des gens communiquent entre eux, et entre deux soupirs d’exaspération, réunissent leur savoir, s’immergent dans la littérature scientifique et s’aperçoivent…que le consensus scientifique est, euphémisme, plus mesuré que ce que la propagande végan ne le prétend.

Un des papa de tout ça, c’est Allan Savory. Très profondément marqué par les travaux de André Voisin9, il en retient l’idée de pâturage rationnel, s’opposant au pâturage conventionnel et au sur-pâturage, s’intéresse à l’écologie et à la séquestration de carbone. Il intitule, et vous pouvez douter, son mouvement le pâturage holistique (Holistic Grazing), expression qui peut faire peur, je peux comprendre. Il en a explicité les principes sur une vidéo Ted en 2013 qui a fait date, en permettant de lutter contre la désertification, et même contre le réchauffement climatique :

La FAQ de son site officiel répond à l’essentiel des questions, ou encore ce document pdf. Son travail, malgré quelques études publiées ci et là, ne fait évidemment pas consensus, et est critiqué. Et pas qu’un qu’un peu. D’autres pensent que cette méthode n’arrivera pas à reverdir le désert, ni à lutter contre le réchauffement climatique. Si l’on quitte les débats perchés, le pragmatisme l’emporte comme ce berger qui utilise des chèvres pour lutter contre les incendies au Portugal. De même en Californie, il existe une initiative qui met en relation des propriétaires de terrain nécessitant un débroussaillage, avec des éleveurs qui déplacent leurs animaux.

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Sur cette lignée de personnes redorant le blason de l’élevage sain et écologique, en apportant de nouvelles pratiques, on peut y ajouter Simon Fairlie10, Sheldon Frith11, le collectif Ethical Omnivore Movement12, Soil4Climate12′, la page Facebook de Farmers Who Are Tired of Defending Their Work To Vegans13, se situe également dans cette mouvance très proche de ce que l’on nomme agriculture régénératrice.

L’idée générale est qu’il est utopique et non prouvé que l’on puisse se passer des animaux tant pour l’alimentation, que pour la productivité du sol. Le principal message est de mieux gérer les pâturages afin d’en retirer le meilleur, malgré les attaques de George Monbiot14, ou encore une étude de Tara Garnett15 qui fait parler d’elle en n’étant pas convaincue, du tout, par ces pratiques pour la séquestration des gaz à effets de serre et de l’écologie en général. Le collectif EoM s’est fendu d’une jolie réponse à ce sujet plus spécifiquement16, ou contre l’agriculture régénératrice17.

Les deux initiatives plus récentes, qui à mon sens ont une approche pluridisciplinaire et scientifique, proviennent à mon sens de Sacred Cow18 et Aleph202019. Si le premier est un livre mais également un documentaire (introuvable pour nous francophones…) de Diana Rodgers et Robb Wolf – deux vieux baroudeurs du régime paléo – , le second est un site internet réunissant plusieurs scientifiques autour de l’idée que les aliments d’origine animale ne sont pas à diaboliser et sont tout à fait compatibles avec la santé et l’environnement. La viande n’est plus considérée uniquement sous son prisme gustatif, comme simple plaisir égoïste.

Le diable est dans le bétail…pas forcément

Il existe d’autres ouvrages analogues à Sacred Cow20, avec le même type de couvertures. Sacred Cow dispose depuis peu d’une critique en français sur YouTube (sur la chaîne Le Nectar) et si les intervenants ne sont pas nécessairement des Omnivores très revendiqués, le livre fait son bout de chemin. Très pédagogique, clair et concis, il s’articule autour de l’idée que consommer de la meilleure viande sera meilleur pour la santé, la planète et pour l’éthique animale, qui sont respectivement les trois premières parties de l’ouvrage. La quatrième partie est moins intello et plus consacrée à l’action concrète. Ils ont fait très fort. En synthétisant le sujet, ils perçoivent très bien que la viande de bœuf subit un assaut incessant depuis quelques années : loin d’être ce bœuf émissaire si évident, ils démontent un à un l’ensemble des poncifs et autres clichés éculés auquel on a désormais le droit pour arriver à la conclusion qui est même choquante pour moi : c’est vers plus de bœuf et de meilleur bœuf qu’il faut aller. It’s Not the Cow, it’s the How ! comme ils le clament. Tout est pris en compte : santé, densité en nutriments, la rareté de la terre, le stockage du carbone et du méthane, les chiffres habituellement balancés par certains média. La démarche, quoique provocante reste bel et bien scientifique et en détonnera plus d’un. Il est à mon sens bien plus rationaliste qu’un Vegetarian Myth, le livre écrit par Lierre Keith, il y a une dizaine d’années.

Plus récemment Aleph2020 constitue selon moi le meilleur site web à ce jour sur le sujet, quelque peu pénalisé par sa mise en forme un peu rustre, mais qui a le mérite de devoir se concentrer sur le fond.

L’initiative interdisciplinaire et internationale ALEPH2020 réunit 39 experts scientifiques, principalement actifs dans les domaines des sciences et technologies alimentaires, de la (bio)chimie alimentaire, de la microbiologie, de la nutrition, de la santé publique, de l’anthropologie (culturelle et biologique), des études alimentaires, de la psychologie de la santé, des sciences environnementales, de la physiologie animale, des sciences vétérinaires et de l’agriculture (élevage). Ses membres et experts reviewers ne reçoivent aucune rétribution financière pour leurs contributions. Tout conflit d’intérêt potentiel est du ressort de l’individu, mais le collectif vérifie qu’il n’y a pas de financement ou de pilotage du contenu par des intérêts commerciaux externes. Les experts collaborent à titre personnel ; les contributions ne reflètent pas l’opinion de leur(s) institution(s).
Les contributeurs d’ALEPH2020 ne sont pas nécessairement familiarisés avec tous les sujets couverts par l’initiative au-delà de leur expertise principale et ne doivent pas être considérés comme tels. Il s’agit d’un site web qui évolue vers le consensus, ce qui signifie qu’il peut falloir un certain temps pour que tous les experts s’accordent sur tous les sujets. Certaines contributions peuvent être préliminaires et ne sont donc pas nécessairement approuvées par tous les experts.

C) les médias francophones ne sont pas en reste, bien que la force de frappe n’est pas équivalente à son homologue végan

Hé non le lobby n’est pas à la pointe pour défendre son métier. En témoigne ses campagnes publicitaires sur les flexitariens, et sa faible présence sur les réseaux sociaux, le vieux lobby semble passif, dominé par les enjeux et ne semble pas sûr de sa stratégie. L’industrie laitière avec son organe le CERIN semble plus spécialisée au niveau scientifique et argumentatif. Aussi, pourrait-on dire que cela reste la vieille garde des médias. L’Institut de l’élevage, l’Idéle est quant à lui plus technique et soucieux des enjeux de séquestration de carbone. On pourra suivre avec délectation le compte Twitter de Benoit Rouillé. Toutefois, ces initiatives, si elles ont le mérite d’exister et de rétablir certaines vérités, manquent parfois de force de frappe. Un peu comme si c’était le gentil élève, avec de bonnes notes, mais terrorisé par le cancre dissipé. Au niveau institutionnel, l’Inrae est plus percutant à mon sens21

Outre mon propre blog, voici quelques médias de choix qui alertent des dangers du choix végans, et qui dans le même temps font la promotion d’une viande écologique, tout aussi oxymorique que cela pourrait sembler aux gens peu au fait de ce Karnistland.

Historiquement nous avons le Mythe Végétarien sur Facebook22, la page Véganisme Intox et Dangers23, la page Végétalisme véganisme malnutrition et dégénérescence24, ou la Fédération des Omnivores Responsables25.

Le blog Anthropogoniques par Fabien Abraini (ainsi que son twitter)26, ce dernier manipulant très bien la réflexion et la méthode scientifique mais se tenant à l’écart de toute étiquette rationaliste, et de ce petit monde.

Taty Lauwers qui relaie les messages de Frédéric Leroy et du livre/documentaire Sacred Cow en y ajoutant son grain de sel, et des infographies très bien réalisées. Deux livres sont à venir, sous peu27

Cliquer pour les bonus à lire

Bernard Bel ajoute aussi son grain de sel de temps en temps.28

Le blog de JF Dumas29 avec une vision écologique qui tranche avec l’approche contemporaine d’EELV (Europe Écologie Les Verts)

Nutriting a fait également un excellent travail sur une trilogie d’articles30 ayant traduit le débat Don’t eat anything with a face qui a eu lieu en 2013 et oppose Gene Baur et Neal Barnard à Chris Masterjohn et Joel Salatin. Peut-être que le seul article qui résume tout serait-celui-là, s’il fallait n’en garder qu’un seul (enfin trois), ce qui serait dommage !

Le débat est visionnable en intégralité sur internet, mais nous allons ici tenter d’en proposer une analyse, en vous présentant une retranscription des différents arguments par thématique, en trois parties :
La viande est-elle nocive ?
Les intérêts nutritionnels de la viande ;
Les enjeux éthiques et écologiques.

En purement sceptique et revendiqué comme tel, Seppi30′ fait un travail qui va dans le même sens, avec moult précautions sur les interprétations des études. Il fait figure d’exception dans le paysage zététique.

Petit point bouquins : En France et pays francophones hormis quelques médias internet les seuls bouquins qui paraissent sont plus portés sur la philosophie (Comme ceux de Paul Ariès, Jocelyne Porcher, ou Paul Sugy) et pas sur la science ou les moyens techniques de s’en sortir par le haut. En attendant une hypothétique traduction de Sacred Cow toutefois très porté sur le marché américain.


III : Critiques possibles des arguments contre la viande

J’aborde ici des questions de rhétorique et de méthode scientifique en évitant d’être trop barbant ou abstrait. Loin d’être évident, je ne suis pas un expert de la zététique, donc, cela est nécessairement imparfait. Prenez cela comme un grain de sel qui vient s’ajouter à la richesse des débats.

A) Le régime végétalien est-il scientifique ?

  • Le consensus et les méta-études

Fabien Abraini s’est interrogé sur les avis d’experts et des recommandations générale concernant la viabilité du régime, surtout du point de vue de la reproduction et des enfants, provenant d’autres institutions que l’ADA31

Les végans se réfèrent bien souvent à l’avis de l’ADA, en omettant les autres études générales, dont certaines méta-analyses. C’est particulièrement gênant quand on se réclame du consensus scientifique, alors que précisément celui-ci n’est pas clair, du tout.

Dernièrement un journal de diététiciens canadiens a rendu son rapport sur la commission Eat-Lancet : les recommandations nutritionnelles ne sont pas atteintes avec les propositions alimentaires de Eat-Lancet. Les nutriments problématiques cités sont le calcium, le fer, le zinc, la vitamine B2, la vitamine A et la vitamine B12.32

  • La preuve de la charge :

L’omnivorisme est la banalité de notre quotidien, au niveau des comportements. C’est comme ça que l’on fait depuis tant de temps, il a prouvé que jusqu’à présent il était pérenne. Ce n’est pas aux omnivores de prouver que leur modèle fonctionne (tant bien que mal, ou tout n’est pas parfait, certes), mais bien aux défenseurs d’une construction intellectuelle, le véganisme, et son pendant alimentaire le végétalisme, de démontrer que le végétalisme fonctionne.

Il s’agit en quelque sorte d’une tabula rasa. Les implications économiques, culturelles, et évidemment en termes de santé et de qualité des sols productifs sont assez vertigineuses. Ce n’est pas à « l’omnivorisme » de faire son aggiornamento, mais aux végans de prouver que tout va bien se passer, que tout est sous contrôle. Leur projet a une douce odeur d’utopie.

La maison de Numerobis - ...bonheurs quotidiens...lol
On peut douter des plans des architectes…

Le fait est que l’on a le droit de douter, de ne pas être rassuré, et de penser que cela tournera à la dystopie, que tous les paramètres n’ont pas été pris en compte, que le projet était ultra–optimiste. Cela peut sembler à un château de cartes, vu de loin. Aussi les pistes d’une améliorations des pratiques actuelles, car tout n’est pas rose, sont le sujet des partisans de l’omnivorisme éthique (on parle parfois de welfarisme), a priori, car la préoccupation des Technovégans est bel et bien la fin de l’élevage. Pour certain moins extrémistes, la viande cellulaire serait la viande du quotidien, et resterait un peu d’élevage, pas trop, pour la viande des jours de fête. Les quelques pourcents de végans, ou de flexitariens, peuvent vivre leur doctrine, de manière séparée, sans contraindre les omnivores. Même si leur doctrine implique de mettre au pas les omnivores…à ce moment-là on quitte la science pour la politique.

  • Le véganisme est-il réfutable ?

Je pose la question calmement car…ben je doute. Vous pouvez lire la définition de réfutabilité.

Une affirmation, une hypothèse, est dite réfutable (falsifiable) si et seulement si elle peut être logiquement contredite par un test empirique.

Komilfo et pakomilfo, est une blague de potache sur Facebook concernant les échecs de santé en végétalisme. Derrière la blague, il y a du sens. Komilfo fait référence à la formule de l’ADA – American Dietetic Association – sur les régimes bien conduits, et est une traduction sarcastique de toutes les réactions des végans, dès lors qu’un ex végan publie son témoignage et sa difficulté à être en bonne santé avec ce régime.

Une théorie qui ne se prête pas à la réfutabilité est a-scientifique. Or précisément, la phrase « un régime végan bien conduit convient à tous les âges de la vie », phrase-clé de l’ADA concernant les régimes végétaliens est une affirmation irréfutable puisque s’il y a échec, c’est qu’il n’était pas bien conduit. Donc que le régime végan ne peut jamais être pris en défaut.

Quelle version du régime est valable ? Faut-il s’orienter vers les « amidonneux » (Starch Solution), vers les fruitariens ? Ou alors faut-il un savant mélange de tous les types de végétaux. Sans oublier les légumineuses ? Il faut tâtonner individuellement alors ? Mais quid de la scientificité du régime ? Et la place des compléments ? Et de la génétique de la composante individuelle pour éviter les carences – voir ultérieurement – ?

Si le véganisme est adapté à tout le monde, il devrait être facile à adopter, pourtant ce qui en ressort c’est qu’on ne s’improvise pas végétalien, et qu’il faille s’investir à fond pour ne pas faire les erreurs communes. D’où le « correctement planifié » ou le « bien conduit » cher à l’ADA. Mais dans ce cas-là est-il adapté à tout le monde ? N’est-il justement pas condamné à rester le régime d’une élite éclairée qui saura mener les efforts nécessaires ? Selon Marco Borges dans The Greenprint, Personne ne planifie pour échouer, les gens échouent en planifiant, en citant Confucius le succès dépend de la préparation. J’ai de suite en tête un gourou qui admoneste ses fidèles s’ils ne réussissent guère. S’agit-il toujours de science ou de croyance ?

B) Les sophismes communs

La pêche aux rhétoriques fallacieuses est le sport favori des zététiciens. Ce qui s’applique aux omnivores et a été largement détaillé en long, large et travers chez les blogueurs et youtubeurs à tonalité végane, aussi je n’en ferais pas mention. Mais la sophistique est également bien répandue, aussi bien dans le courant Namasté que Techno. Je ne suis pas un habitué de cette démarche, mais je m’y essaie. En quelques années d’observations j’ai eu le temps de relever des erreurs de raisonnement. Cela concerne des arguments du tout venant des végans, comme des erreurs un peu plus sophistiquées, qui demandent plus de réflexion.

  • Parabole de la paille et de la poutre

Charité bien ordonnée commence par soi-même…

Il est tentant de construire un raisonnement, par exemple anti-viande, et d’oublier d’appliquer les préceptes dès que l’on aborde le régime que l’on veut défendre en remplacement de celui qui est honni.

Le Pharmachien avait bien raison quand il citait le cycle de vie de la diète à la mode33. Toutefois, pourquoi en excluerait-il d’office le végétalisme, pourquoi l’oublie-t-il ? C’est quoi cette manière que de se construire une légitimité générale pour ensuite diffuser son idéologie ni vu ni connue ? Avant qu’il ne blogue, la communauté végan était essentiellement Namasté. Ce serait dommage de rater la coloration sectaire du mouvement quand elle existe…et crève les yeux.

Aussi de même sa BD 4 raisons pour lesquelles ton régime échoue33 il admet que ce type de régime exclue tout un groupe alimentaire.

Vraisemblablement les aliments d’origine animale, y compris la viande ne constituent-ils donc pas un groupe d’aliments ? Le végétalisme n’est-il pas un type de régime qui exclue un groupe complet d’aliments ? Ah mais oui mais la viande c’est pas pareil. Suis-je bête. C’est pas tout de viser le camp d’en face…parce que les végans qui échouent, c’est plutôt commun, vu le pourcentage d’échecs. Il conviendrait de ne pas en faire abstraction non plus, comme si tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes.

  • le sophisme du vrai écossais : il n’était pas réellement végan…

Celui-là est un classique des réseaux sociaux. Un ex végan témoigne…et de suite, c’est la course à l’excommunication, non seulement il ne l’est plus, mais ne l’a jamais été. De la vraie vegancel culture. Souvent il s’agit d’un échec du régime alimentaire, autrement dit : la personne ne va pas bien, a tout tenté, y compris les légumineuses, pour maintenir le végétalisme, mais n’y est pas arrivée, et choisit de redevenir omnivore, en catastrophe. Elle se met à aller mieux. Les arguments les plus communs sont :

– pas le bon régime, pas la bonne version du régime : Monsieur mangeait trop de fruits, pas assez de légumineuses pour ses protéines, pas de jus de carottes pour sa vitamine A

– végan pour de mauvaises raison, pour la santé, la planète, pas pour l’éthique : il n’aimait pas vraiment les animaux, et à la première flatulence ou désagrément divers (caries, perte de cheveux, fractures à répétition, etc.) il a recommencé à les manger.

De telle sorte que la catégorie des ex-végans est niée. Marco Borges aurait indiqué une insuffisance de préparation…il sait se rendre utile auprès des stars le bougre.

J’avais publié ceci pour rire y a deux ans, sur le déni de témoignage : bon est-ce que je ris tant que ça ? A vous de voir…dommage que je n’ai conservé aucune capture d’écran, de tous les commentaires des réseaux sociaux. Chacune des bulles est issue d’arguments que j’ai lus ad nauseam

Le bénéfice du doute n’existe pas pour les ex végans

  • La tactique de l’épouvantail (strawman) :

La tentation est grande, très grande, pour pas mal de végans (sans doute pas tous) de déguiser son adversaire omnivore revendiqué en bidochon inculte, ignare, qui regarde la télé et ne réfléchit jamais aux conséquences de ses actions. C’est la tactique de l’Insolente Veggie, dans ses innombrables strips. Bon je ne doute pas que la bêtise et l’incapacité à argumenter existe aussi chez les sales karnistes sans cœur. Oui bien sûr. Mais ce faisant on évite de répondre aux vraies objections, formulées par des gens plus sérieux. A noter par soucis d’honnêteté que j’utilise le même procédé partiellement dans l’article : j’aborde aussi les arguments les plus complexes à détricoter…

  • L’invocation du lobby et astroturfing

Invoquer le lobby pour tuer le débat est un argument souvent lu, prêter de mauvaises intentions à son adversaire, comme s’il était payé en sous-marin par une industrie de la viande généreuse et avide de défendre son bifteck.

Réaliste

Alors que précisément, on est à peu près certain que le lobby (ou les lobbies) végans en ligne droite de l’Open Philanthropy Project existent pour mieux promouvoir les alternatives à la viande (cellulaire ou non), et euthanasier l’élevage. On peut penser, sans le prouver qu’il y a des astroturfeurs34 au sein du mouvement végan, comme d’autres pour défendre l’élevage et la viande.

Bref il y a des lobbies de toute part. J’écris sur la viande, et je suis parfaitement au courant de l’existence d’Interbev, du Cerin, de l’Inrae, de l’Idéle…On peut jeter l’opprobre sur l’adversaire, mais ça n’est ni scientifique, ni fair-play.

Réaliste aussi

Revenons plutôt au cœur du débat que de se disperser et de tenter de se discréditer. Le déshonneur par association, les sophisme Ad Hominem ou de type Empoisonnement de puits35 relèvent également de la rhétorique fallacieuse

  • Appel à l’émotion et Ad Misericordiam

Quand il est sujet d’arguments visant à défendre par la voie scientifique et que la discussion devient plus technique, un bon nombre d’entre eux débraie et dévie en causant éthique, en accusant l’interlocuteur de monstre sans cœur, qui ne fait rien pour sauver les animaux. Les arguments passent ainsi à la trappe, seule la vertu compte. Et tant pis si elle est construite sur du sable. L’éthique constitue une échappatoire dès que l’on est en difficulté sur les termes scientifiques (donc nutrition et agronomie, entre autres) du débat.

  • Le sophisme du juste milieu est commodément utilisé par les flexitariens.

Par réflexe de modération, ils en viennent à penser qu’il ne faut pas abuser de la viande, et qu’on en mange trop, et qu’un peu suffit. Des allégations non démontrées, tiennent plus d’une tentative vaine d’avoir juste en créant une position approximativement médiane…c’est comme ça qu’on arrive à clamer des poncifs, sans réellement connaître le sujet. Sur la viande, ils sont nombreux.

  • Cum hoc ergo propter hoc, corrélation n’est pas causalité – c’est plus compliqué que ça –

Quand la corrélation n’est pas causalité (ou pas celle-là)…c’est une erreur commune dès que l’on interroge la viande sur probable nocivité physiologique. A l’inverse, on attribue des vertus magiques au végéta*isme ou flexitarisme, dans le cas des Zones Bleues par exemple. Le livre de Dan Buettner a eu un certain succès, certes, mais chacune de ses zones bleues expose tout un ensemble de caractéristiques propre au mode de vie en général, qu’il semble impossible d’isoler la part du végétarisme ou du flexitarisme dans la longévité de ces personnes. Denise Minger36 a relevé que la communauté Mormon qui mange de la viande, a une longévité plus forte que les adventistes du 7ème jour à tendance végétarienne. Là aussi, ce n’est pas un argument pour la viande, mais bien un argument parmi tant d’autres à considérer les études épidémiologiques avec circonspection.

Aussi, le soucis de bon nombre d’études épidémiologiques est qu’elles mettent dans le même sac viandes transformées que la viande rouge brute. Ce point est soulignée par les articles de Laurent Buhler pour Nutriting en analysant le rapport de l’OMS de 201537. Cette étude parue en 202138 tend à rejoindre les conclusions de Laurent Buhler en pointant vers les viandes transformées. Cela reste…de l’épidémiologie et donc sujet à caution, même si la plausibilité existe pour les viandes transformées, et le degré de transformation. Pour plus de théorie, David Louapre de Science Étonnante, nous a gratifié d’un chouette billet à ce sujet39

C) Creuser la nutrition

  • Retour sur les misères de l’épidémiologie

Je souhaiterais revenir sur le Rapport Campbell. Voilà plus de dix ans, Denise Minger, prenait son courage à deux mains et débusquait les erreurs de T. Colin Campbell, et publiait successivement plusieurs articles. Ce vrai debunk illustre déjà un effort de scepticisme marquant au sein d’une communauté « omnivore » encore en gestation à l’époque. Curieusement, ce travail n’a jamais été repris par la sphère zététique des années 2010-2020, mais là, Denise Minger, tout comme dans son livre Death by food pyramid40. J’en propose la traduction de sa synthèse sur mon blog depuis…10 ans maintenant41. La critique est critiquée, mais cela fait aussi partie de la méthode scientifique.

Un des arguments les plus lus et cités ces dernières années pour viser la viande ou les œufs visent la TMAO (Trimethylamine N-Oxide). Cette molécule est un sous produit apparemment indésirable, provenant d’une mauvaise métabolisation de la choline. Cela aboutit à des interprétations douteuses : ne plus manger d’œufs pour éviter de consommer de la choline. La choline est bien un micronutriment désirable pour bien fonctionner, pas le monstre toxique dont il faudrait limiter la consommation. Le blogueur de Suppversity très au fait de cette question a déjà fourni des éléments d’explications42. Le consensus n’existe véritablement pas sur cette question. On a probablement à faire à un nouveau cholestérol, une molécule polémique.

  • Une misère de l’épidémiologie parmi tant d’autres : le biais du survivant

Fabien Abraini sur son site s’est déjà fendu d’une page sur les limitations des études et biais possibles des végétaismes43, tout à fait complémentaire à l’article ci-présent. Un des points cruciaux, à mon sens étant le biais du survivant qu’il a illustré de manière fort pédagogique sur un fil Twitter. Comme il en parlera mieux que je ne saurais le faire, citons-le directement :

Mais de tous ces biais, le biais du survivant me semble le plus difficile à corriger : il est quasi-impossible de tracer les personnes qui ont essayé un truc, que ça a rendues malades, et qui ont abandonné (sauf cas vraiment grave, hospitalisation et publication du cas)[…]supposez maintenant qu’un groupe de gens particulièrement motivés et éduqués, voire militants, adopte un de ces régimes. Ce groupe mange, parmi les aliments autorisés, ce qu’il existe de meilleure qualité. Pensez-vous que les résultats qu’on obtiendra de ce groupe…… soient généralisables à une population entière à qui on aurait imposé de se contenter de ces mêmes aliments autorisés, en se démerdant comme ils peuvent avec ce qu’ils trouvent au supermarché ?

En conséquence de cause, pouvons nous parler de végétérans ?

  • Abus de cartes jokers rationalistes : l’appel à la nature :

Il est fréquemment rétorqué que les substituts (viande cellulaire ou protéine végétale ultra-transformée) sont rejetés par les carnistes parce que ceux-ci en manque d’arguments feraient un appel à la nature en décrétant que les substituts ne sont pas naturels. Et que tout est chimique par essence. Certes mais notre biologie ne nous permet pas de tout métaboliser parfaitement, on reste malgré tout prisonnier de notre physiologie, et de nos limitations à titre individuel comme en tant qu’espèce.

Pour la protéine végétale, on constatera avec effroi l’ensemble des ingrédients pour au moins esquisser un regard douteux. Pour la viande cellulaire, effectivement, on n’a rien à opposer si c’est quelque chose de biologiquement proche, sauf que quelques soucis se posent sur la viabilité écologique de l’opération44.

Précisément, l’appel à la nature n’est pas nécessairement un sophisme, ou pas tout le temps, même si à première vue il peut s’agir d’un relent de précaution non scientifique, provenant de personnes arriérées et réticentes aux progrès de la civilisation.

Or, cela me semble relever de la Jurisprudence Margarine. : On peut aussi cultiver du scepticisme vis à vis des outils que l’on manipule, et jusqu’à quel point ceux-ci s’avèrent ineptes. Cette jurisprudence indique qu’il n’est pas abusif d’être prudent envers un nouvel aliment.

Procter & Gamble margarine
Un honnête marchand de savons et de bougies : Procter & Gamble

La margarine est un substitut au beurre, apparu au 19ème siècle et raconté par Benjamin de Naturacademy45. Procter&Gamble a vendu ses margarines au grand public après avoir récupéré le processus d’hydrogénation qui permettait de solidifier les graisses végétales, offrant ainsi un substitut correct au beurre. Hélas, plusieurs décennies plus tard, les graisses trans ont largement prouvé leur nocivité – ceci est un consensus -.

On a donc historiquement un cas où un nouvel aliment a été introduit, où des pauvres paysans auraient tout à fait pu se faire jeter à la gueule leur biais naturaliste, leur prudence étant un conservatisme, une fermeture d’esprit…Il aura fallu du recul ah non pas cette expression, des décennies avant que les dégâts de ces graisses ne soient étudiées puis révélées. On ne pouvait pas savoir au moment où l’on a mis en production cette nouvelle graisse. D’appel à la nature invoqué tel un sort, on oublie que nous sommes des êtres biologiques…notre corps est certes malléable, mais jusqu’à un certain point.

La viande cellulaire subit déjà de facto des critiques46. Et comme toute nouvelle technique, on s’expose à des facteurs que l’on ne maitrise pas, dont on aura le retour ultérieurement tout comme la margarine en son temps. Les viandes végétales ont elles d’autres soucis, ayant rapport avec l’ultra-transformation de ces produits (lu récemment chez Reporterre46′, qu’on ne pourra pas accuser d’être anti-écologiste).

De manière plus large, il existe une littérature abondante sur les aliments ultra-transformés. La tentation est grande alors, de balayer d’un revers de la main tout ceci en criant au sophisme d’appel à la nature pour être sûr d’être du côté zététique, comme un croyant entrant dans une église trempe ses doigts dans une église, avant d’y ajouter le signe de la croix. Sauf qu’il ne suffit pas de faire joujou avec les sophismes pour avoir raison, très souvent, et c’est là, à mon sens une grande erreur de la communauté sceptique, il faut aller au charbon, éplucher la littérature scientifique, et affronter son propre Dunning-Krüger, la méthode sceptique doit être doublée par une immersion dans les études. Alors après cela empêche de sortir des vidéos tous les quatre matins…pour les moins sérieux d’entre eux. S’interroger sur la pertinence des outils, des sophismes que l’on utilise est salutaire, se demander s’ils sont adaptés aussi. Il ne s’agit pas d’agiter un biais comme une carte à jouer en mode réflexe, comme un joker qui tue le débat, comme les fameux points de Un Monde Riant.

A titre anecdotique la plupart des végans renâclent à revendiquer les fameux engrais NPK (disons le versant chimique) en assurant que les engrais verts suffisent, mal à l’aise au fond, de ne pas pouvoir ou vouloir recourir aux engrais d’origines animales. Mais ceci est un sujet autre, et plus complexe, les avis divergent pas mal au sein de la communauté végane, sur l’utilisation des animaux au sein des terres agricoles.

A titre anecdotique (bis), le dicton « le lait c’est pour les veaux » semble également tenir de l’appel à la nature, par essentialisme. Dommage de ne pas balayer devant sa porte.

  • Les Carences : au-delà de la B12

Certains végans aiment bien ajouter du sarcasme ou de l’ironie au sujet des carences (en témoigne le titre de la chaîne YouTube « Les Carencés »), mais on est parfaitement en droit de s’interroger sur les carences possibles des végans. Si l’on peut évacuer la B12 (sauf si…voir plus bas), parce que bien étudiée par exemple par la Fédération Végane, et désormais soumise à pilule quotidienne, d’autres nutriments sont à risque. Parmi les acides gras, il y a un gros point d’interrogation sur la DHA. Pourvoir à ses besoins en protéines ne serait pas si évident que ça selon les calculs de Sacred Cow à partir des données issues PD-CAAS et du DIAAS.

J’avais évoqué par le passé la possible difficulté à obtenir de la vitamine A en régime végétalien étant donné certaines spécificités génétiques communes pour certains d’entre nous. Question d’éthique a répondu47, que cela ne serait pas vraiment un soucis, mais j’ai malgré tout quelques doutes, étant donné le pourcentage d’échecs de végans – biais du survivant -, la possibilité qu’un certain nombre d’entre eux trichent et n’assument pas les écarts de conduite, une étude épidémiologique pour s’assurer que les personnes interrogées soient parfaitement véganes sur plusieurs années tient de la gageure au niveau de la méthodologie.

Aussi Denise Minger48 a prolongé sa réflexion sur trois autres micronutriments, comme la choline, la DHA ou la Vitamine K2. La page de Véganisme Intox et Dangers a fait de même49.

La méthylation résumée par Nutriting (le pdf au format A4 en cliquant)

Au final, est-ce si évident que ça d’avoir une micro-nutrition suffisamment dense ? Pas tant que ça même en retenant les meilleurs aliments pour chaque micronutriment à problème. Les différences individuelles tracent la voie pour un succès hypothétique ou non dans le régime. Aussi d’un point de vue général, les micronutriments ne sont pas isolés, ils fonctionnent de concert. Si l’on se concentre sur un circuit : celui du processus de méthylation50 par exemple, on peut comprendre le besoin d’une certaine densité et équilibre. La B12 y est impliquée, et pas qu’un peu. Selon Chris Masterjohn51 la complémentation en B12 par les végans serait insuffisante. Le gène MTHFR enterre-t-il la possibilité d’un végétalisme pour tous en augmentant les apports requis en micronutriments ?

Étant donné la difficulté aux végans en échec à trouver des solutions à leurs difficultés (la lecture du groupe Facebook « Vive la B12 ! » est éloquente), on peut s’interroger, et plus que légitimement de cet intérêt à circonscrire le principal soucis des végans à la B12. En terme d’arbre qui cache la forêt des carences, la vitamine B12 joue parfaitement ce rôle. Aussi, plus la science avance, plus nos connaissances en termes de synergie des micronutriments dans l’organisme et de personnalités génétiques – au niveau du métabolisme – deviennent plus précises. Également, il apparait évident que pour beaucoup d’entre nous le végétalisme s’apparente à mission quasi impossible. Et parce qu’il est permis de douter, nous pourrions trouver d’ici quelques années d’autres explications, que nous n’avons pas à ce jour pour comprendre pourquoi de la coupe aux lèvres c’est si difficile, ou de la théorie vers la pratique on rencontre tant d’embûches auxquelles on n’avait pas pensé au préalable. La nutrition oblige à être modeste si l’on repense à la Jurisprudence Margarine. On peut parler de matrice alimentaire pour éviter le piège du réductionnisme en nutrition, comme le fait Bruno Chabanas qui tacle gentiment les poudre-repas52

Et la nutrition c’est parfois complexe, d’où la nécessité d’humilité, de précaution(s). De doute peut-être ?


Ma Conclusion :

Oui le mouvement zététique est compatible avec une défense des aliments d’origine animale tant en nutrition qu’agronomie et soucis de l’environnement. Quant à savoir pourquoi culturellement le mouvement zététique a un fort biais animaliste – on peut dire présence au vu du nombre -, c’est une question à laquelle il est difficile de répondre. On pourrait arguer que nul ne saurait être omniscient et que peut-être tant l’agronomie que la nutrition semblent être des angles morts sur lesquels il faille s’investir réellement pour connaître l’état de l’art et ne pas se limiter aux lieux communs propagés par un mouvement animaliste très structuré pour promouvoir sa propre version de l’histoire. Il y a sans doute une forme de pression sociale auxquelles peu échappent au final, les réseaux sociaux formant un carburant illimité pour le conformisme. En attendant pourquoi « tout le monde » a été convaincu en 2016 par la vidéo de DataGueule sans réellement interroger les chiffres sortis du chapeau, et notamment sur les 15 000 litres d’eau pour produire un kilo de viande de bœuf ? C’est à dire avoir une vrai approche sceptique et curieuse ? Faut-il fact-checker les fact-checkeurs, les défier sur leur propre terrain ? Mystère et boule de gomme. Le débat n’avantage pas vraiment les omnivores éthiques par manque de moyens médiatiques. Jusqu’à quand ? L’opinion d’une certaine frange scientifique semble tourner en faveur des animalistes, sinon envers un flexitarisme assez extrême (les fameux 14 grammes de viande quotidiens), jusqu’à faire plier les hommes politiques. Néanmoins le débat en termes scientifiques semble être plus complexe et le consensus en la matière non établi. J’espère que cet article rencontrera son public et permettra de faire réagir les omnivores afin qu’ils affûtent leur argumentation ou leur stratégie.


Sources et Annexes :

1 Frédéric Leroy, son compte Twitter, participant à Aleph2020, il apparait sur une vidéo pour présenter son concept de bœuf émissaire : Frédéric Leroy: meat’s become a scapegoat for vegans, politicians & the media because of bad science

2 La zététique (on parle aussi de scepticisme scientifique, voir de rationalisme) est un petit monde qui garde sa pertinence sur bon nombre de sujets, à savoir réhabiliter la méthode scientifique, et de se forger une opinion assez rapidement pour savoir quel est le consensus scientifique en vigueur, en décelant les propos non scientifiques et surtout les biais. Cela permet d’éviter en outre d’éviter de proférer des bêtises en abordant des sujets que l’on connait peu. Ce petit monde a eu son heure de gloire depuis que YouTube et les réseaux sociaux font florès dans les années 2010. J’ai à titre personnel un a priori positif pour ce mouvement. Dès qu’ils abordent la viande leur rigueur disparait d’un coup, ceci est en parti à l’origine de l’écriture du présent article.
Voici donc la page où je recense la mainmise des TechnoVégans sur le monde sceptique francophone : Les liaisons dangereuses de la zététique avec le véganisme

3 La fenêtre d’Overton, aussi connue comme la fenêtre de discours, est une allégorie qui désigne l’ensemble des idées, opinions ou pratiques considérées comme acceptables dans l’opinion publique d’une société[…]La fenêtre d’Overton est une approche permettant d’identifier les idées définissant le domaine d’acceptabilité des politiques gouvernementales possibles dans le cadre d’une démocratie. Les partisans de politiques en dehors de la fenêtre d’Overton cherchent à persuader ou éduquer l’opinion publique afin de déplacer et/ou d’élargir la fenêtre. Les partisans dans la fenêtre — soutenant les politiques actuelles, ou similaires — cherchent à convaincre l’opinion publique que les politiques situées en dehors de la fenêtre doivent être considérées comme inacceptables.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fen%C3%AAtre_d%27Overton

D’autres techniques de manipulation de l’opinion sont très certainement à l’œuvre : Boucherie Abolition au discours et aux actes extrémistes occupent le paysage médiatique, ce qui permet ensuite à L214 de passer pour une association modérée, aidant à faire passer la pilule. C’est ce qui s’appelle déplacer la fenêtre d’Overton.

4 The Sin Of Eating Meat par Francesco Buscemi, PhD, 2018

5 Sacred Cow: The Case for (Better) Meat: Why Well-Raised Meat Is Good for You and Good for the Planet par Diana Rodgers et Robb Wolf, 2020.

6 We Demain n°25, Les GAFA veulent-ils nous rendre végans ? https://www.wedemain.fr/respirer/les-gafa-veulent-ils-nous-rendre-vegans_a3957-html/

7 Douchka Markovic y présente ici sa stratégie d’infiltration générale, qui ferait passer les trotskystes pour des aimables plaisantins : https://www.facebook.com/iamvegan.tv/videos/401274296901488


8 La commission Eat-Lancet en français https://eatforum.org/eat-lancet-commission/

9 André Voisin est un agronome français très réputé, y compris au-delà de la France. Sa productivité de l’herbe serait un de ses ouvrages le plus marquant.

10 Simon Fairlie dont l’ouvrage Meat: A Benign Extravagance a donné lieu à quelques articles en français provenant de la sphère permaculturelle :
La viande : une extravagance inoffensive https://arpentnourricier.wordpress.com/2011/03/17/la-viande-une-extravagance-inoffensive/
L’élevage, un outil pour un futur post-industriel : https://madeinearth.wordpress.com/2014/01/22/elevage-un-outil-pour-un-futur-post-industriel/

11 Son blog était fourni…puis il a tout mis sur un ouvrage téléchargeable sur toutes les plateformes, Amazon, Fnac…, Sheldon Frith : Letter To A Vegetarian Nation: We Need Livestock For Sustainable Food Production And Environmental Restoration
A lire aussi https://www.ethicalomnivore.org/a-letter-to-a-vegetarian-nation-by-sheldon-frith/

12 Ethical Omnivore Movement : https://www.ethicalomnivore.org/

12′ Soil4climate : https://www.soil4climate.org/

13 Farmers who are tired of defending their work to Vegans https://www.facebook.com/Tiredoldfarmerswhocareaboutanimalwelfare

14 George Monbiot qui dit un jour « ok pour la viande, mais élevez-là correctement » I was wrong about veganism. Let them eat meat – but farm it properly https://www.theguardian.com/commentisfree/2010/sep/06/meat-production-veganism-deforestation, et plus tard se dédit Why I’m eating my words on veganism – again https://www.theguardian.com/commentisfree/2013/nov/27/al-gore-veganism-eating-words-sceptical-meat-eating

15 l’étude Grazed and Confused par Tara Garnett : https://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/publications/grazed-and-confused/ (lien direct : https://www.oxfordmartin.ox.ac.uk/downloads/reports/fcrn_gnc_report.pdf)

16 Karin Lindquist – Dear FCRN: No, We’re Not Confused About Grazing https://www.ethicalomnivore.org/were-not-confused-about-grazing/

17 Karin Lindquist – Curious Case of the Vegan War on Regenerative Ag: Earthling Ed vs. Allan Savory https://www.ethicalomnivore.org/curious-case-of-the-vegan-war-on-regenerative-ag-earthling-ed-vs-allan-savory/

18 Pour Sacred Cow, il sera plus aisé de se procurer le livre. Site officiel https://www.sacredcow.info/

19 le site de Aleph2020 : https://aleph-2020.blogspot.com/
A noter que Blogspot offre la traduction automatique incluse…cela devient :
Aliments d’origine animale dans des régimes alimentaires éthiques, durables et sains
Un livre blanc dynamique – #ALEPH2020

20 Voici les références : Cows Save the Planet: And Other Improbable Ways of Restoring Soil to Heal the Earth édition en Anglais de Judith D. Schwartz,
Defending Beef: The Ecological and Nutritional Case for Meat, 2nd Edition Édition en Anglais de Nicolette Hahn Niman


21 L’Inrae – Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage : https://www.inrae.fr/actualites/quelques-idees-fausses-viande-lelevage

22 La page Facebook du Mythe Végétarien https://fr-fr.facebook.com/lemythevegetarien
Son blog WordPress https://mythevegetarien.wordpress.com/

23 La page Facebook Veganisme Intox et Dangers : https://www.facebook.com/VeganIntox/

24 La page Facebook de Veganisme, végétalisme, malnutrition et dégénérescence : https://www.facebook.com/vegetalismeveganismemalnutritionetdegenerescence/

25 La Fédération des Omnivores Responsables https://www.federation-omnivores-responsables.ovh/

26 Le blog de Fabien Abraini Anthropogoniques : https://anthropogoniques.com/
Son compte Twitter : https://twitter.com/fabiensapiens

27 Taty Lauwers : le Bœuf émissaire https://www.taty.be/BEM/blog.html#TDM
Le Bœuf Bashing sera plus « intello » https://www.taty.be/BASH/blog.html
A lire surtout les bonus ! https://www.editionsaladdin.com/bem/bonus.html

28 Article de Bernard Bel : De la viande oui, mais pas n’importe comment https://lebonheurestpossible.org/de-la-viande-oui-mais-pas-nimporte-comment/

29 Jean-François Dumas, Eco-Logique : https://www.jfdumas.fr/

30 Don’t eat anything with a face – 1ère partie : la viande est-elle nocive ? https://www.nutriting.com/experts/dont-eat-anything-face-la-viande-est-elle-nocive/
Don’t eat anything with a face – 2ème partie : Les intérêts nutritionnels de la viande https://www.nutriting.com/experts/dont-eat-anything-with-face-2eme-partie-les-interets-nutritionnels-viande/
Don’t eat anything with a face – 3ème partie : Les enjeux éthiques & écologiques https://www.nutriting.com/experts/dont-eat-anything-with-face-3eme-partie-les-enjeux-ethiques-ecologiques/

30′ Seppi, son blog https://seppi.over-blog.com/, également présent sur Twitter (https://twitter.com/SeppiWackes)


31 Anthropogoniques, Végéta*ismes : avis divers https://anthropogoniques.com/vegetaismes-avis-divers/

32 Comparison of the nutrient contribution of the EAT-Lancet diet to Canadian nutrient recommendations.
Source: Canadian Journal of Dietetic Practice & Research . 2021, Vol. 82 Issue 3, p154-155. 2p.
Author(s): Kalergis, M.; Grillo, E. C.

33 Le Pharmachien Le cycle de vie d’une diète à la mode https://lepharmachien.com/diete-mode/ et également 4 raisons pour lesquelles ton régime échoue https://lepharmachien.com/regime/

34 Astroturfing : cela la définition de Wikipedia, L’astroturfing, le similitantisme, la contrefaçon de mouvement d’opinion ou la désinformation populaire planifiée ou orchestrée, désigne des techniques de propagande manuelles ou algorithmiques utilisées à des fins publicitaires ou politiques ou encore dans les campagnes de relations publiques, qui ont pour but de donner une fausse impression d’un comportement spontané ou d’une opinion populaire sur Internet.

35
La locution latine argumentum ad hominem désigne un argument de rhétorique qui consiste à confondre un adversaire en lui opposant ses propres paroles ou ses propres actesnote 1
L’empoisonnement du puits est une figure de style où l’on donne préalablement à un public de l’information négative, vraie ou fausse1, à propos d’un adversaire2, dans le but de discréditer ou de ridiculiser tout ce que dira par la suite ce dernier, ou une personne qui lui est liée.

36 Ceci est bien raconté en français par Bernard Bel : https://lebonheurestpossible.org/le-regime-de-longevite/

37 « Viande rouge & charcuterie cancérigènes » -> L’analyse du rapport de l’OMS : https://www.nutriting.com/actu/viande-rouge-cancer-lanalyse/

La viande rouge est-elle cancérigène ? -> L’analyse du rapport de l’OMS : https://www.nutriting.com/actu/viande-rouge-et-cancer-lanalyse-la-viande-rouge/

La charcuterie est-elle cancérigène ? -> L’analyse du rapport de l’OMS : https://www.nutriting.com/actu/viande-rouge-cancer-lanalyse-viandes-transformees/

38 Associations of unprocessed and processed meat intake with mortality and cardiovascular disease in 21 countries [Prospective Urban Rural Epidemiology (PURE) Study]: a prospective cohort study https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33787869/

39 Les études statistiques sont-elles hors de contrôle ? https://scienceetonnante.com/2021/08/30/les-etudes-statistiques-sont-elles-hors-de-controle/

40 Denise Minger : Death by food pyramid: how shoddy science, sketchy politics and shady special interests have ruined our health (2013)

41 Critique du Rapport Campbell Par Denise Minger https://clairetlipide.wordpress.com/traductions/critique-du-rapport-campbell-par-denise-minger/

42 TMAO: Eggs, Meats and Your Cardio-Metabolic Health | You Can Sill Eat Eggs & Meat, If You Got ‘the Right Gut Bugs’ https://suppversity.blogspot.com/2019/01/tmao-eggs-meats-and-your-cardio.html

43 Fabien Abraini : limitations des études et biais possibles des végétaismes https://anthropogoniques.com/vegetaismes-biais-possibles/
Plus spécifiquement sur le biais du survivant : https://twitter.com/Fabiensapiens/status/1081229442872209408

44 Remarque issu d’un tweet https://twitter.com/ecoreflections/status/1426249410225352707 et d’un article https://www.foodnavigator.com/Article/2021/08/13/Cell-based-disruption-How-many-factories-and-at-what-capacity-are-required-to-supply-10-of-the-meat-market :« Pour remplacer seulement 10 % de la vraie viande par de la fausse viande de culture d’ici 2030, il faudra 4000 usines 10 fois plus grandes que n’importe quelle installation de culture cellulaire actuelle, pour un coût de 1,8 milliard de dollars. Nous pourrions utiliser cet argent et ces terres à bien meilleur escient.« 

45 L’histoire de la margarine par Naturacademy ici https://www.facebook.com/Naturacoach/photos/a.382105000717/10154627066840718

46 Ouest France – La viande « cultivée » en laboratoire est-elle vraiment sans risque pour la santé ? https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/2020-12-03/la-viande-cultivee-en-laboratoire-est-elle-vraiment-sans-risque-pour-la-sante-69706421-5b1c-4f89-8f07-1923d171852f

46′ Killian Bouillard Les «steaks végétaux» ne sont pas bons pour la santé : https://reporterre.net/Les-steaks-ve%CC%81ge%CC%81taux-ne-sont-pas-bons-pour-la-sante

47 Les véganes sont-ils plus exposés à une carence en vitamine A ? https://questiondethique.wordpress.com/2020/04/16/vegetaliens-carence-en-vitamine-a/

48 4 raisons qui expliquent que certains végans se portent comme un charme (là où d’autres se ramassent lamentablement.) : https://mythevegetarien.wordpress.com/2016/11/16/4-raisons-qui-expliquent-que-certains-vegans-se-portent-comme-un-charme-la-ou-dautres-se-ramassent-lamentablement/

49 Vegan ou pas, une affaire de génétique https://www.youtube.com/watch?v=RC8mExTmUNo

50 Nutriting La méthylation, pourquoi c’est fondamental et à quoi ça sert ? https://www.nutriting.com/experts/methylation/

51 Nutriting : Interview Dr Chris Masterjohn – Végétarisme & véganisme (2/2) https://www.nutriting.com/experts/interview-dr-chris-masterjohn-vegetarisme-veganisme-experience-2eme-partie/

52 Feed : le réductionnisme en nutrition mis en poudre : http://brunochabanas.blogspot.com/2017/11/feed-le-reductionnisme-en-nutrition-mis.html

Bloguer c’est perdurer

Bonjour !

Le temps passe, cela fait plus de 10 ans que je blogue, mais vous l’aurez constaté, ces dernières années je suis plutôt absent.

Plusieurs raisons à cela : une forme de lassitude qui s’installe, quand on a déjà fait le tour de pas mal de sujets, je pressentais que j’allais avoir du mal à me renouveler. Je n’ai pas l’omniscience, ni la capacité, le temps de m’intéresser à tous les sujets. En tout cas, pas au point de juger qu’il faille absolument bloguer dessus.

Aussi notre propre vie prend des détours inattendus…un divorce au détour de 2015, des années plus légères et loin de l’agitation des réseaux sociaux, voilà cette satanée crise de la quarantaine qui sonne à la porte. Un peu tôt, mais accueillons-là comme il se doit.

Je commençais à reprendre du poil de la bête en 2018, quand la maladie de mon père a mis un terme à mon regain courant octobre. Un jour de mars 2019 il s’en est allé. Entre-temps je me suis remis en couple, cela dure, j’ai donc remonté la pente assez vite, à titre personnel, comme professionnel.

Le blog est resté secondaire. Pas question d’écrire pour écrire, je ne me sens pas moins exister quand je n’écris pas. Je fais autre chose. Quand j’ai quelque chose de relativement intéressant à apporter je peux m’y remettre comme ces quelques périples en archéo-nutrition de 2018, ou cette satanée question que je me suis posée et qui a trouvé réponse en début d’année (De la dent saine à la dent propre). Exceptionnellement…j’ai publié, ce sont des problématiques qui me taraudaient depuis 2015 !

Par le passé j’écrivais sans relâche, c’était instinctif, j’avais du temps de libre, et honnêtement un travail moins passionnant qu’actuellement…et j’étais entraîné.

En 2020 et suivantes, la quarantaine bedonnante (promis je refais attention bientôt !), je dois avouer : je suis rouillé. Pour autant c’est pas l’envie qui manque mais je ne peux plus bloguer légèrement comme je l’ai fait par le passé.

Les temps ont changé : les réseaux sociaux ont remporté le segment du micro-blogging que je pouvais affectionner autrefois et la plateforme WordPress rapporte moins de vues et de visibilité. Aussi Google et les moteurs de recherche en général favorisent de plus en plus les sites institutionnels et commerciaux au détriment des blogs personnels. Donc mécaniquement moins de gens tombent sur mon blog. La cassure a été très nette en 2019. Ce n’est pas simplement que je ne publie plus, après tout je n’ai rien publié en 2017 et très peu en 2018, et les statistiques ont « suivi », sans que je ne fasse rien.

C’est bête, mais des gens qui nous lisent, c’est stimulant, c’est une motivation de plus.

L’époque est à la vidéo (YouTube) et consorts, ou aux podcasts. Je suis un homme d’écrit, la vidéo n’est pas mon domaine,…et peut-être que les gens lisent moins, cliquent moins, survolent. Parfois la lecture des titres sur Twitter ou Facebook suffisent. A quoi bon publier, dès lors ?

En 2020 j’avais entrepris sur Facebook une revue de l’intégralité de mes articles, en corrigeant éventuellement et en revenant sur mon évolution en tant d’années. Le covid est venu rendre caduc cette expérience. Après quelques semaines de flottement, j’ai refusé de devenir « expert en mes propres recherches ». Je retweete des choses qui m’ont semblé intéressantes, parce que c’est d’actualité, mais je ne suis pas vraiment au jus. Pour ma santé mentale avant tout, l’époque étant plus difficile, bien que nous ne sommes pas en Afghanistan – au hasard – non plus.

Le contenu va rester…comme une sorte de foi me guide. A titre d’exemple, une émission sur France 2 m’a amené 1000 lecteurs curieux de connaitre le régime Banting. Même si comme j’expliquais, WordPress est moins efficace en visibilité, je ne suis pas à l’abri d’un afflux soudain exogène (Weston Price à la télé ? Soyons fous).

Il y aura d’autres articles…un est en préparation. Depuis 2018, j’écris des articles lorsque j’ai un sujet et une problématique. Cela fait scolaire, mais c’est quand je veux répondre à une question qui ne trouve pas de réponse ailleurs que je trouve le blogging intéressant. Même si cela n’est plus aussi brillant et dans le vent que par le passé. Et encore, j’ai loupé l’âge d’or, 2010, c’était déjà la fin, parait-il.

Le meilleur n’est pas à venir, mais y a encore quelques beaux défis à relever.

A très bientôt !

Sylvain, le 18/08/2021 à Toulouse

Perspectives historiques sur la publicité et le mème que l’hygiène bucco-dentaire personnelle prévient la carie dentaire

Cet article est initialement apparu sur la revue Gerodontology entre 2018 et 2019, disponible gratuitement en ligne ici.

Il est disponible sur le site ResearchGate (ici) avec la mention de la licence Creative Commons, ce qui m’autorise à le traduire en ces lieux et à le partager.

Si l’auteur (Philippe Hujoel), ou les dirigeants de la revue en question venaient à tomber dessus et à exprimer son ou leur désaccord, je retirerais cette traduction.

Perspectives historiques sur la publicité et le mème que l’hygiène bucco-dentaire personnelle prévient la carie dentaire

Résumé

En 1930, un groupe scientifique de premier plan a estimé par consensus que les produits d’hygiène bucco-dentaire ne pouvaient pas prévenir la carie dentaire. Selon eux, la prévention des caries dentaires nécessitait une minéralisation adéquate des dents et la vitamine D pouvait permettre d’atteindre cet objectif. Plus d’une centaine d’essais contrôlés ultérieurs, menés pendant sept décennies, ont largement confirmé que ce groupe scientifique avait pris les bonnes décisions. En 1930, en ce qui concerne la carie dentaire, ils avaient correctement validé les produits à base de vitamine D comme prophylactiques contre la carie dentaire et les produits d’hygiène bucco-dentaire comme cosmétiques. Et pourtant, malgré cette preuve scientifique constante depuis près d’un siècle, une sagesse conventionnelle opposée est apparue et prospère encore aujourd’hui : les habitudes d’hygiène bucco-dentaire (sans fluor) protègent les dents des caries dentaires, et la vitamine D ne joue aucun rôle dans la prévention des caries dentaires. Cette analyse historique explore la question de savoir si une publicité récurrente peut profondément enraciner des mèmes sur la prévention des caries dentaires qui sont en contradiction avec les résultats d’essais contrôlés. La question est posée de savoir si les organisations professionnelles, qui dépendent des recettes publicitaires, peuvent se rendre complices de l’amplification des allégations de santé annoncées qui ne sont pas conformes aux principes de la médecine fondée sur les preuves.

I Introduction

McCollum, un découvreur de trois vitamines, a rapporté en 1930 que presque tous les dentistes avaient souscrit à l’hypothèse selon laquelle la carie dentaire était une maladie de défauts dentaires.1 Cette hypothèse était soutenue par des recherches sur les animaux,2-4 des études épidémiologiques mondiales1 et des essais cliniques contrôlés.5-7 La vitamine D était considérée comme un remède efficace contre la carie dentaire car elle prévenait et traitait ces défauts dentaires. La preuve la plus visible du soutien scientifique à l’hypothèse des défauts dentaires est que des organisations gouvernementales telles que le ministère de la santé du Royaume-Uni8, des organismes scientifiques tels que l’Académie nationale des sciences9 et des organisations professionnelles telles que l’Association dentaire américaine (ADA)10 et l’Association médicale américaine (AMA)11 ont tous approuvé la prophylaxie des caries dentaires par la vitamine D au début du 20ème siècle. Certains de ces groupes scientifiques considéraient les produits d’hygiène bucco-dentaire comme des cosmétiques. Des dents saines (c’est-à-dire sans défaut) étaient considérées comme immunisées contre la carie dentaire, et des dents propres (c’est-à-dire brossées et passées au fil dentaire) étaient considérées comme susceptibles de se carier.

L’un des renversements les plus surprenants dans les croyances sur l’étiologie de la maladie a peut-être été le rejet progressif de l’hypothèse du défaut dentaire au profit de celle de la dent propre (c’est-à-dire que le brossage et le nettoyage interdentaire préviennent la carie dentaire). L’ADA a déclaré en 1945 que la vitamine D n’empêchait pas les caries dentaires.12 Cette annonce a implicitement rejeté l’hypothèse des défauts dentaires et, avec elle, le grand nombre de preuves d’essais cliniques contrôlés à l’appui de l’efficacité de la vitamine D.9, 13 Par défaut, l’hypothèse des dents propres a lentement remplacé l’hypothèse des défauts dentaires. Et dans un exemple possible de dissonance cognitive, plus l’hypothèse de la dent propre était réfutée dans les essais cliniques ultérieurs14, plus la croyance commune en sa véracité semblait s’approfondir.

La question qui se pose ici est de savoir comment l’hygiène bucco-dentaire (sans fluor) a été considérée comme une ligne de défense importante contre la carie dentaire. À cette fin, nous explorons les archives d’un groupe scientifique de premier plan chargé d’examiner et de réglementer les allégations thérapeutiques présentes dans la publicité pour l’hygiène bucco-dentaire.

II LA PUBLICITÉ ET LA NAISSANCE D’UN MÈME MONDIAL SUR L’HYGIÈNE BUCCALE ET LA PRÉVENTION DES CARIES DENTAIRES (1919-1930)

Il s’agit ici de l’une des plus grandes réussites de la publicité.15

Hopkins-Copywriter-1927.

La société Pepsodent Co. a commencé à faire la publicité des avantages d’un dentifrice vers 1919 selon les lignes suivantes :

Les dents sont recouvertes de plaques ou de films bactériens constitués de millions de germes. Vous devez retirer la pellicule, ne la laissez pas. L’élimination de la plaque dentaire permet de combattre la carie à la source, de contrôler la pyorrhée et de prévenir les maladies graves. La science est incontestable. Le Pepsodent est basé sur la pepsine, le digesteur de l’albumine, et le but du Pepsodent est de dissoudre ce film.16, 17 (Figure 1).

Figure 1
Les publicités Pepsodent® ont peut-être été les premières à lancer un mème mondial sur la pathogénicité de la plaque dentaire et la nécessité d’adopter des habitudes d’hygiène bucco-dentaire pour obtenir des avantages sanitaires d’une grande importance. Claude Hopkins a inclus des coupons pour des produits gratuits dans des publicités qui lui ont permis de faire des découvertes en matière de recherche marketing sur l’hygiène bucco-dentaire et la psychologie humaine [La figure en couleur peut être consultée sur wileyonlinelibrary.com].

Ces messages ont été rédigés par l’homme d’affaires Claude Hopkins. Il avait accepté de commercialiser le Pepsodent, et pour atteindre cet objectif, il avait lu livre après livre des autorités dentaires. Au milieu d’un livre, il a trouvé une référence aux plaques de mucine sur les dents, ce qui lui a donné l’idée d’axer son message marketing sur la plaque dentaire. M. Hopkins a expliqué comment sa recherche marketing a mis en évidence la nécessité de « professer » des avantages d’une grande importance lorsque cette plaque dentaire est enlevée15.

Le dentifrice Pepsodent® est devenu un succès fou. Le dentifrice Pepsodent® a connu un succès foudroyant. En 30 ans de carrière, M. Hopkins a participé à des centaines de campagnes publicitaires et il s’est rendu compte par la suite qu’il ne pouvait pas se souvenir d’un autre produit dont le marketing avait conduit à un tel succès mondial en si peu de temps. Une demande nationale pour le dentifrice Pepsodent® a été créée en un an et une demande mondiale en quatre ans. L’ère des produits pharmaceutiques d’hygiène bucco-dentaire à succès mondial avait commencé.

Hopkins n’était pas le seul à promouvoir l’hygiène bucco-dentaire au début du XXe siècle. La National Mouth Hygiene Association était une coalition politique de professionnels et de profanes dont l’objectif était de « diffuser la propagande de l’hygiène bucco-dentaire ».18 La création de cette coalition avait été annoncée dans une revue spécialisée appelée Oral Hygiene, qui était envoyée gratuitement à tous les dentistes américains.19

D’éminents dentistes avaient rapporté comment l’hygiène bucco-dentaire prévenait les infections buccales et offrait ainsi de vastes avantages systémiques et économiques. Le Dr Smith, le premier dentiste à promouvoir la prophylaxie orale, avait « abondamment prouvé que le diabète et de nombreux troubles gastro-intestinaux sont directement liés à l’infection buccale de la pyorrhée alvéolaire ».20 Le Dr Fones, qui a fondé la première école d’hygiène dentaire en 1913, a indiqué dans son manuel que les troubles de la vue étaient « couramment causés par les produits toxiques d’une infection buccale »21. « Le Dr Wright, qui a fini par diriger le Conseil de l’hygiène bucco-dentaire de l’Association dentaire américaine, a décrit l’importance de « l’évangile de l’hygiène bucco-dentaire », car il affecte « toute la structure économique de la nation ».22

L’hygiène buccale a également été liée à la prévention de la tuberculose, première cause de décès au début du XXe siècle. Un président de l’Académie américaine de prophylaxie orale et de parodontologie avait expliqué comment « une bouche propre aidait à prévenir la tuberculose » et avait obtenu l’aval de l’Association dentaire nationale23, Un fondateur du Mouvement pour l’hygiène bucco-dentaire avait affirmé qu' »au moins 95% de toutes les infections tuberculeuses se produisent dans des bouches malades ou mal entretenues ».25 Une publicité d’une société de dentifrice dans une revue spécialisée soulignait « l’importance de l’hygiène bucco-dentaire dans la lutte contre la tuberculose ».26 Le brossage minutieux des dents deux fois par jour est devenu une corvée reconnue dans la « Croisade moderne pour la santé » pour prévenir la tuberculose. Ce conseil de santé publique a entraîné une ruée sur les brosses à dents dans plusieurs États américains, une ville n’ayant plus une seule brosse à dents dans ses pharmacies27.

D’autres coalitions visant à promouvoir l’hygiène bucco-dentaire diffusent des messages similaires. La Dental Welfare Foundation a été créée par des fournisseurs de soins dentaires en 1921, et leur objectif était d’éduquer le public sur l’hygiène bucco-dentaire avec « un message à l’humanité » : « Elle a été décrite par ses partisans comme « le plan le plus altruiste qui ait jamais été conçu ».28

Le point soulevé ici est que la publicité directe aux consommateurs a créé des mèmes mondiaux sur les bienfaits thérapeutiques de l’hygiène bucco-dentaire bien avant l’existence d’une réglementation scientifique. Dans certains pays au moins, ces allégations commerciales d’efficacité thérapeutique ont été amplifiées par les commerçants dentaires, les associations professionnelles et les organisations de santé publique.

III PREMIÈRES actions de RÉGLEMENTATION ; LES PRODUITS D’HYGIÈNE BUCCO-DENTAIRE DEVIENNENT DES COSMÉTIQUES (1930)

…les auteurs ont joué sur le thème de la nécessité d’éliminer la « pellicule de mucine » (c’est-à-dire la plaque dentaire) jusqu’à ce que le public et même une partie de la profession soient amenés à croire qu’il y avait là des bactéries insidieuses qui génèrent des acides dissolvant les dents et entraînent des caries, des pyorrhées ou même des rhumatismes, et que l’ensemble de la dentisterie et de l’hygiène bucco-dentaire tournait autour de la chasse à ces micro-organismes pas entièrement reconnus.29

Gordon – Secrétaire du Conseil de l’ADA sur les thérapies dentaires – 1930

L’année 1930 a marqué les premiers efforts pour évaluer les preuves scientifiques des allégations thérapeutiques présentes dans la publicité dentaire. L’ADA avait été critiquée pour son indifférence à surveiller le marché des produits dentaires thérapeutiques nocifs.30 Le conseil d’administration de l’ADA a donc créé le Conseil sur les produits dentaires thérapeutiques, appelé par la suite ADA CDT, composé de 12 hommes,31 pour statuer sur les remèdes dentaires et les allégations thérapeutiques autorisées. L’ADA a reçu pour instruction de fonctionner selon un règlement scientifique qu’elle avait adopté de l’AMA. Il était du ressort de l’ADA CDT d’évaluer la publicité mondiale directe aux consommateurs pour les entreprises ayant des produits sur le marché américain.32

Les archives suggèrent que l’ADA CDT avait un problème « avec la situation nauséabonde de la publicité » pour « la promulgation du slogan selon lequel une dent propre ne se carie jamais ».29 Les documents internes de l’ADA CDT décrivaient les allégations selon lesquelles les dentifrices offraient des avantages thérapeutiques comme étant malodorantes,33 irresponsables,33 extravagantes,34 ridicules,29, 35 charlatanesques,35 de l’escroquerie scientifique, 29 de la tromperie, 36 à la mode36 et ainsi de suite. Leur proposition de décision sur la publicité autorisée était simple ; les dentifrices ne pouvaient pas faire de publicité ou déduire des allégations thérapeutiques (par exemple, la prévention des caries dentaires), chimiques (par exemple, la lutte contre l’acidité de la bouche) ou bactériologiques (par exemple, pour débarrasser les dents des germes destructeurs). Les allégations concernant les dentifrices devaient être strictement limitées aux propriétés de nettoyage mécanique, à l’efficacité en tant qu’aide à l’hygiène de la cavité buccale et à la sécurité.37 Les dentifrices étaient décrits comme des produits cosmétiques ; « ils étaient aux dents ce que le savon est aux mains ».38 « Les savons ordinaires avaient été vendus au détail en raison de leurs qualités thérapeutiques magiques »,39 et c’est l’ADA CDT qui a décidé que les dentifrices devaient être épargnés d’un sort similaire.

Le refus de l’ADA CDT d’accorder des allégations thérapeutiques aux produits d’hygiène bucco-dentaire était conforme aux règles scientifiques en vertu desquelles ils devaient fonctionner. Les règles de l’ADA CDT stipulaient que des essais comparatifs étaient « souvent nécessaires » pour les allégations thérapeutiques qui n’étaient « pas évidentes ».40 Trois essais comparatifs ont soutenu l’approbation par l’ADA de la vitamine D comme prophylactique de la carie dentaire.5-7 Un essai comparatif a soutenu le refus par l’ADA CDT d’une allégation de prévention de la carie dentaire pour un rinçage antimicrobien.41 Un appel à la recherche clinique comparative sur le rôle de l’hygiène bucco-dentaire dans la prévention des caries dentaires, même avec les tailles d’échantillons suggérées, a été lancé dès 192042 , et des résultats positifs auraient pu conduire à l’acceptation par l’ADA CDT d’une allégation de prévention des caries. Mais cet appel à des essais resterait longtemps sans réponse14.

Même la plausibilité biologique à l’appui des allégations thérapeutiques pour les produits d’hygiène buccale a été jugée douteuse. William Gies, l’un des fondateurs de l’enseignement dentaire moderne, a rapporté dans le Journal of the American Medical Association et le Journal of Dental Research que les allégations de commercialisation de Pepsodent® ont été « mises sur le marché dans l’ignorance totale des principes dentaires et biochimiques impliqués, ou avec l’intention de tromper la multitude ».43, 44 Willoughby Miller, un microbiologiste formé par le prix Nobel Robert Koch, a rapporté comment il est naturel de supposer que la plaque dentaire est le résultat d’un début de décalcification et non la cause des caries dentaires.9

L’hypothèse de la dent saine, en revanche, a été considérée comme fondée sur des preuves (et les produits à base de vitamine D ont donc été approuvés par l’ADA CDT). Les résultats de la recherche ont conduit à la conclusion que la susceptibilité à la carie était « largement » déterminée par la structure et la densité de la dent, et par l’intégrité de l’émail.9 Ce sont les conditions pathologiques de l’émail qui étaient « de la plus haute importance dans l’étiologie de la carie dentaire ».45 Les défauts dentaires donnaient « la possibilité d’agir sur les causes qui provoquent la carie »,46 et l’hygiène bucco-dentaire était inefficace pour éliminer les bactéries de ces défauts dentaires.47 L’objectif de la prévention des caries dentaires était d’élever une nouvelle génération d’enfants américains avec des dents sans défaut,47 et certains dentistes ont proposé d’éliminer les défauts dentaires chez les enfants affectés au moyen de joints ou d’odontotomie prophylactique.47 May Mellanby a fourni des preuves d’essais contrôlés sur la vitamine D comme traitement des défauts dentaires,5-7 et le président de l’ADA a remercié May Mellanby d’avoir mis la profession dentaire sur la bonne voie.48

Pour les raisons susmentionnées, les actions de l’ADA CDT étaient conformes à l’esprit du temps. La First District Dental Society of New York avait condamné deux ans plus tôt les « allégations fausses et trompeuses » des fabricants de dentifrices. Cette condamnation professionnelle du marketing non éthique a fait l’objet d’une publicité nationale49-51. Certaines sociétés d’hygiène bucco-dentaire ont adopté ce point de vue. Colgate faisait fréquemment de la publicité pour son dentifrice avec un avertissement : « Aucun dentifrice ne peut guérir la pyorrhée. Aucun dentifrice ne peut corriger l’acidité de la bouche pendant une période suffisamment longue pour prévenir la carie. Aucun dentifrice ne peut raffermir les gencives. Une autre publicité de Colgate a fait état d’une autre épidémie de « crédulité » sur les bienfaits thérapeutiques des produits d’hygiène bucco-dentaire, qui « se manifeste en faisant croire aux gens toutes les allégations médicinales idiotes pseudo-scientifiques qu’ils lisent dans la publicité ».53 Le New York Times, quelques années plus tard, a fait état d’un débat entre les partisans de l’hypothèse de la dent saine et de la dent propre et a fait sa une : « La vieille théorie de l’hygiène bucco-dentaire pour prévenir la carie dentaire est qualifiée d’inutile « 54.

Soit dit en passant, le sujet des allégations thérapeutiques autorisées pour les brosses à dents, un autre produit d’hygiène buccale, n’a pas été abordé à l’ADA CDT avant 1943.55 Il peut y avoir deux raisons à cela. Premièrement, le conseil d’administration de l’ADA avait créé l’ADA CDT pour contrôler les remèdes, et non les dispositifs.31 C’est, par exemple, le Conseil de physiothérapie de l’AMA qui a lancé une révision des allégations thérapeutiques dentaires autorisées pour les lampes UV.56 Deuxièmement, les brosses à dents n’ont pas fait l’objet d’une large publicité dans le journal de l’ADA dans les années 1930. C’est l’arrivée de la première brosse à dents en nylon qui a incité l’ADA, en 1943, à examiner quelles allégations thérapeutiques étaient autorisées pour les brosses à dents.55

En résumé, l’ADA CDT a rejeté au début des années 1930 toutes les allégations thérapeutiques concernant les produits d’hygiène buccale et a approuvé la prophylaxie de la carie dentaire par la vitamine D.

IV OPINIONS POPULAIRES SUR L’HYPOTHÈSE DE LA DENT PROPRE EN DEHORS DE L’ ADA CDT

La carie dentaire ne se produirait jamais si chacun se brossait les dents tous les jours et nettoyait les espaces interproximaux

Tiré d’un pamphlet éducatif largement diffusé et richement illustré vers 193057.

Comme indiqué dans l’introduction, cet examen se concentre sur les décisions de l’ADA CDT, un conseil spécifiquement créé pour adopter une approche fondée sur des preuves pour évaluer les allégations thérapeutiques. Toutefois, les perspectives de l’ADA CDT sur la prévention des maladies dentaires ne reflètent pas nécessairement les points de vue d’autres bureaux de l’ADA, en dehors de l’ADA, ou les points de vue exprimés dans les manuels dentaires américains ou européens.

L’hypothèse de la dent propre, tout comme l’hypothèse de la dent saine, a trouvé son origine dans la recherche histologique. En 1897, Williams avait présenté « une longue série de faits » et « des preuves (qui) sont tout simplement accablantes » que « les bactéries acidifiantes sont la seule cause active de la carie dentaire ».58, 59 Il a conclu que le pire émail ne se décomposera pas si on ne laisse pas les bactéries se fixer à la surface de l’émail. Un éditorial d’accompagnement rapportait qu’ « il est donc évident que l’élimination de ce film (bactérien)… par des dentifrices appropriés est une considération importante dans la prophylaxie des dents contre les caries ».60

L’argument de plausibilité biologique est devenu l’argument selon lequel les rinçages buccaux, les dentifrices et le brossage des dents antiseptiques empêchaient les caries dentaires.61, 62 La première brochure d’éducation dentaire distribuée par la National Dental Association, un précurseur de l’ADA, en 1909, indiquait que « l’essentiel pour prévenir les caries dentaires » était la propreté de la bouche.63 De nombreuses sociétés dentaires vers 1930 publient encore des documents selon lesquels « les dents doivent être brossées cinq fois par jour ».57

Les services autres que l’ADA CDT, qui n’ont pas fonctionné selon un ensemble de règles scientifiques, ont approuvé l’hypothèse de la dent propre comme une approche préventive viable. En 1930, le Bureau de l’éducation à la santé dentaire de l’ADA a publié des rapports « prêchant l’évangile de la prévention par l’utilisation de la brosse à dents « 64 et expliquant comment « la prophylaxie dentaire augmente la résistance des dents à la carie dentaire ».65 Ce rapport, qui est à nouveau mis en avant aujourd’hui, s’attache à évaluer comment un conseil scientifique (l’ADA CDT) d’une organisation professionnelle a considéré les allégations thérapeutiques des produits d’hygiène buccale et non la popularité des opinions sur la prévention de la carie dentaire en 1930.

V L’ADA ET LE SOUTIEN DES PRODUITS ; LE TREMBLEMENT DE TERRE DANS LA MAISON DENTAIRE66

Bien entendu, la question de la publicité s’est posée,… le grave danger de perdre les recettes dont le Journal dépendait si largement, c’est-à-dire les recettes publicitaires.

Johnson-Un membre du conseil lors de la première réunion de l’AMA-ADA CDT exprimant les préoccupations de l’AMA Journal concernant l’impact de la science sur la perte de revenus publicitaires – 193067

Les événements ultérieurs décrits maintenant suggèrent que les premiers efforts réglementaires visant à contrôler la publicité directe au consommateur des allégations thérapeutiques pour les produits d’hygiène buccale ont largement échoué.

En 1930, l’ADA CDT avait essentiellement déclaré que les dentifrices devaient rejoindre les savons dans les rayons cosmétiques du magasin. Les implications financières potentielles de ce verdict étaient peut-être ambiguës en 1930. D’une part, des industries telles que Pepsodent avaient construit des produits pharmaceutiques à succès en partie basés sur des allégations thérapeutiques telles que la prévention des caries dentaires. D’autre part, Colgate avait obtenu un succès international similaire basé sur un marketing éthique, c’est-à-dire sans allégations thérapeutiques.

L’ADA CDT s’est engagée dans cette lutte dans le but de contrôler les allégations publicitaires de toutes les marques de dentifrice et de créer pour la première fois une norme officielle de soins pour la pandémie mondiale de caries dentaires. L’ADA CDT était sur le point d’informer 35 000 membres américains de l’ADA68 des remèdes à prescrire. Les implications juridiques pour les dentistes de la prescription de produits qui n’étaient pas acceptés par l’ADA ont ensuite été clairement expliquées aux membres de l’ADA.69 Les événements ultérieurs indiquent que le fait que l’ADA CDT considérait les dentifrices comme des produits cosmétiques a créé des conflits au sein de la profession avec des conséquences durables sur le rôle de la science dans les organisations professionnelles dentaires et leurs messages de santé publique.

  • L’ADA a été poursuivie (probablement par un fabricant de produits d’hygiène bucco-dentaire) pour 500 000 dollars (7,5 millions de dollars ajustés en fonction de l’inflation aujourd’hui) parce qu’elle avait informé le public que les produits d’hygiène bucco-dentaire n’avaient aucun avantage thérapeutique prouvé70.
  • L’ADA a été critiquée pour son incapacité à réguler le marché. Le président de Colgate & Co s’est plaint en 1930 auprès de l’ADA CDT que l’ADA, l’AMA, la Federal Trade Commission, la Radio Commission et le Better Business Bureau n’avaient pas réussi à faire impression sur la fraude publique commise par d’autres sociétés d’hygiène bucco-dentaire.39 Les événements ultérieurs suggèrent que cette incapacité à réglementer le paysage publicitaire sur les allégations d’hygiène bucco-dentaire a conduit à une « course aux armements » malsaine entre les sociétés – une course à la concurrence entre elles basée sur des allégations thérapeutiques.
  • L’ADA a commencé à perdre des revenus publicitaires. En 1929, avant que l’ADA CDT ne soit en activité, il y avait plus de 100 publicités dans les pages du journal de l’ADA pour les dentifrices, les poudres et crèmes dentaires et les rince-bouche. En 1935, alors que l’ADA CDT fonctionnait depuis plus de 5 ans, il y avait moins de quelques dizaines de ces publicités. En 1945, moins de 10 % des quelque mille marques de dentifrice sur le marché (avant la guerre) étaient répertoriées comme des remèdes dentaires acceptés par l’ADA71 . L’industrie (et ses budgets publicitaires) avait donc largement abandonné la profession dentaire et s’était plutôt engagée dans la publicité directe aux consommateurs sans contrôle professionnel des allégations thérapeutiques autorisées.

Il n’est pas suggéré ici que le CDT de l’ADA ait été le facteur déterminant de la chute substantielle des recettes publicitaires de l’ADA entre 1930 et 1945. Mais il ressort clairement des archives de l’ADA qu’une baisse des recettes publicitaires en 1930 a été suffisante pour que le directeur commercial de l’ADA blâme l’ADA CDT comme coupable.24 Des mesures immédiates ont été prises pour contrecarrer ces pertes. Les décisions prises par l’ADA CDT sur les allégations de santé autorisées ont été presque immédiatement ignorées ; des publicités ont été publiées dans les pages du journal de l’ADA que l’ADA CDT n’avait pas approuvées. Ce contournement de l’autorité de l’ADA CDT a conduit à des conflits au sein de la profession ; des accusations publiques de racket et de débordement ont fait surface parmi les dirigeants de l’ADA.19

La résolution de ces conflits a nécessité une réévaluation de la nécessité de la science au sein de l’ADA. Des discussions ont été entamées pour suspendre les activités de l’ADA CDT.24 Cela n’a pas eu lieu, mais, rapidement, l’autorité de l’ADA CDT sur la détermination des allégations thérapeutiques autorisées a été retirée. Le conseil d’administration de l’ADA a adopté une nouvelle résolution en février 1931 précisant que l’autorité sur les revenus publicitaires devait revenir au directeur commercial et au conseil d’administration de l’ADA, qui pouvaient consulter l’ADA CDT en cas de besoin.19, 24, 72 L’expérience de 1930 de l’ADA visant à laisser la science avoir le dernier mot sur les allégations publicitaires autorisées dans les pages du journal de l’ADA a donc duré moins d’un an.

La recherche en marketing de Hopkins est par ailleurs apparue correcte – présenter de vastes avantages thérapeutiques pour les produits d’hygiène bucco-dentaire a créé un avantage concurrentiel. Même Colgate & Co, le premier dentifrice à avoir reçu le sceau de l’ADA73 , le dentifrice qui avait largement évité les allégations thérapeutiques pendant trois décennies74 , a commencé peu après à faire de la publicité pour des allégations thérapeutiques71 : « En pratique, nous ne pouvons pas concurrencer, à notre niveau de procédures éthiques, les fabricants qui ne sont pas limités dans leurs allégations thérapeutiques…. « 39 Colgate a perdu son sceau ADA en 1934.71

VI L’INDUSTRIE DE L’HYGIÈNE BUCCO-DENTAIRE – CRÉER UN MÈME MONDIAL SUR LA PLAQUE DENTAIRE

Il est douteux que les fabricants (de produits d’hygiène buccale) soient disposés à abandonner le commerce lucratif qui découle de méthodes non éthiques pour le privilège douteux de devenir des martyrs de l’éducation à la santé dentaire.

Pearce-Président, Colgate & Co.-1930.39

Paradoxalement, la décision de l’ADA CDT de refuser toute allégation thérapeutique pour les produits d’hygiène buccale a pu se retourner contre elle. La publicité a commencé à dépeindre la plaque dentaire comme une cause de maladie tellement redoutable que des interventions d’hygiène bucco-dentaire personnelles et professionnelles étaient nécessaires pour prévenir la carie dentaire. L’ADA CDT estimait que les dentistes étaient devenus les complices des efforts de vente des fabricants de dentifrices.71 L’industrie de l’hygiène bucco-dentaire a fait la publicité du message « voyez votre dentiste deux fois par an » comme « palliatif à leurs allégations trompeuses ».75
Voici un exemple de ce type de publicité directe aux consommateurs :

Aucun dentifrice (c’est-à-dire pâte dentifrice) ne peut nettoyer efficacement les zones cachées des dents – les surfaces interproximales, les minuscules puits, les fissures et les parties situées sous les bords des gencives. Ce sont là les véritables points dangereux que la brosse à dents ne peut pas atteindre. Ce sont les endroits où le tartre s’accumule et où les germes sont susceptibles de provoquer des taches de carie. Si on les laisse sans surveillance, ces conditions conduisent souvent à un vaste cortège de maladies graves.

Ces surfaces nécessitent une inspection et un nettoyage fréquents et approfondis par un dentiste. Au moins une fois tous les trois mois, tout le monde devrait recevoir ce traitement appelé prophylaxie dentaire pour garder les dents vraiment propres, la bouche saine et le corps raisonnablement à l’abri des maladies émanant de la bouche.

… un bon dentifrice peut retarder le développement et l’activité des germes de carie…. Il peut retarder la formation de tartre – ce qui donne une certaine protection contre l’infection des gencives et la pyorrhée – mais il ne peut pas prévenir ou corriger complètement cette condition. Seul votre dentiste peut vous protéger contre ces graves dangers.

Publicité pour le dentifrice Iodent, (soulignement ajouté).76

L’inscription du mème que la prévention des caries dentaires nécessitait une hygiène buccale intensive (c’est-à-dire à la fois personnelle et professionnelle) n’a donc fait que s’approfondir. La radio, le cinéma et le Bureau de l’éducation en santé dentaire de l’ADA se sont joints aux publicités imprimées pour approfondir l’enracinement des mèmes mondiaux sur l’efficacité thérapeutique des produits d’hygiène bucco-dentaire. Le dentifrice Pepsodent a fait l’objet d’une promotion tous les soirs, 6 jours par semaine, auprès de vingt millions d’auditeurs de radio.77, 78 Le dentifrice Iodent a fait la promotion de la « précieuse leçon d’hygiène bucco-dentaire » auprès des trois quarts de la population américaine via le réseau NBC.79, 80 Le Bureau of Dental Health Education de l’ADA, avec l’aval des services de santé publique américains, a diffusé en masse des messages indiquant que le secret de « bonnes dents » était de garder les dents propres.81 L’ADA a distribué un film éducatif en 1944 dans lequel l’hygiène bucco-dentaire et les visites chez le dentiste étaient présentées comme deux des trois clés de la prévention des maladies dentaires et systémiques. Le film a été financé par un fabricant de brosses à dents (avec un script indiquant « d’utiliser la meilleure brosse à dents disponible ») et distribué aux départements de santé publique, aux conseils d’éducation et aux sociétés dentaires.82 Le film a été approuvé par le Conseil de la santé dentaire (une émanation du Bureau de l’éducation en santé dentaire), et non par l’ADA CDT.

Tant l’ADA CDT que certaines sociétés d’hygiène bucco-dentaire considéraient ces allégations thérapeutiques comme une menace pour le bien-être public. Le secrétaire de l’ADA CDT a expliqué que « le préjudice (des allégations thérapeutiques non fondées) se traduit par une fausse sécurité ».33 Un faux sentiment de sécurité quant à l’efficacité des produits d’hygiène bucco-dentaire conduit les consommateurs à ne pas tenir compte des effets nocifs du sucre et à renoncer à un diagnostic et à un traitement des causes dentaires ou médicales des caries dentaires. Colgate a fait la publicité suivante de ces préoccupations pour la santé publique : « Le mal est fait… parce que les gens croient à ces affirmations (publicitaires) et se fient au dentifrice pour guérir des affections qui devraient être traitées par le dentiste ou le médecin ».52 Les rapports de cas annoncés ont fourni des exemples de ces préjudices pour la santé publique.40 D’autres entreprises ont pu être temporairement sensibilisées à ces critiques. Une société de dentifrice, par exemple, a déclaré dans sa publicité que « son efficacité n’est pas exagérée » et « ne produit donc pas un faux sentiment de sécurité ».83

Mais l’ADA CDT avait perdu son pouvoir exécutif sur la publicité. Le secrétaire de l’ADA CDT a écrit en 1931 comment l’ADA CDT était devenu un « organe purement consultatif » dont le travail n’avait « aucune valeur permanente » parce qu’il n’y avait pas de loi pour en imposer la reconnaissance84. Quoi qu’il en soit, les sociétés d’hygiène bucco-dentaire dont les dentifrices étaient acceptés par l’ADA ont fait paraître des publicités dans l’ADA Journal qui perpétuaient la valeur de l’hygiène bucco-dentaire et de la prophylaxie dentaire dans la prévention des caries dentaires. Les sociétés d’hygiène bucco-dentaire qui vendaient des dentifrices non agréés par l’ADA, et qui étaient probablement engagées dans la publicité directe aux consommateurs, avaient une plus grande liberté pour faire appliquer explicitement les mèmes qui sont maintenant de notoriété publique, à savoir que le dentifrice (sans fluor) enlève la plaque dentaire et prévient ainsi les caries dentaires. De même, la Sugar Association a déduit que le sucre ne provoquait pas de caries dentaires tant que les dents étaient propres.85

VII Discussion

Ça pousse ici, là et partout. Des fournisseurs dentaires, des fabricants de matériel et d’équipements dentaires, des fabricants de dentifrices, de brosses à dents et de savons de toilette, en fait de toutes les branches du commerce et de l’industrie, nous entendons des chuchotements et des suggestions qui, avec très peu d’efforts de la part de la profession, pourraient permettre, sous certaines conditions, de réaliser un travail d’éducation en matière de santé bucco-dentaire. C’est peut-être un bon signe, mais soyons certains que nous ne négligeons aucune occasion d’examiner soigneusement les détails de toutes ces ouvertures …

Thomson-1930-Secrétaire de terrain, Conseil canadien d’hygiène dentaire.86

Des essais contrôlés randomisés ont maintenant largement confirmé que la l’ADA-CDT avait juste en 1930 ; les produits d’hygiène bucco-dentaire ne permettent pas de contrôler la carie dentaire.14 Les essais contrôlés suggèrent qu’une restriction modérée des sucres ajoutés peut prévenir plus de 70% des caries dentaires,87 la prophylaxie à la vitamine D et le dentifrice fluoré environ 50% et 30% des caries dentaires, respectivement,13, 88 et les produits d’hygiène bucco-dentaire (sans fluor) 0% des caries dentaires.14 On pourrait discuter de l’ampleur réelle de ces pourcentages, de la question de savoir si la vitamine D est réellement plus efficace que le dentifrice au fluor, du manque de puissance statistique des essais cliniques et du manque chronique d’essais « en or » concernant les problèmes de santé dentaire pertinents. Une conclusion semble toutefois se dégager clairement de ces données : l’hygiène bucco-dentaire sans fluor devrait être la dernière des priorités en matière de prévention des caries dentaires.

Un siècle de publicité a peut-être inversé ces priorités. Les publicités ont en effet le pouvoir de créer des mèmes sur les avantages thérapeutiques de l’hygiène bucco-dentaire qui sont incompatibles avec les preuves. La publicité directe au consommateur peut en effet transformer des médicaments inefficaces et potentiellement nocifs en superproductions, la publicité destinée aux professionnels de la santé peut en effet créer un retour sur investissement de 100 à 400 % pour l’annonceur, et les recettes publicitaires peuvent en effet amener les organisations professionnelles à adopter des politiques éditoriales et des normes de soins contradictoires.89-92

Ce rapport historique présente plusieurs faiblesses. Les experts dentaires pourraient soutenir que les décideurs de l’ADA ont commis des erreurs en 1930 en nommant 6 non dentistes au CDT de l’ADA et que ces non dentistes ont faussé le processus scientifique. Ce rapport ne discute pas le fait que l’ADA CDT avait ouvert des conflits sur le champ d’application de la pratique dentaire et que ces conflits ont pu contribuer indépendamment à la perte d’autorité de l’ADA CDT sur la publicité dans le Journal de l’ADA. Cette revue historique a également largement évité de discuter des forces sociales, économiques (la Grande Dépression), politiques (la Seconde Guerre mondiale) et professionnelles qui ont façonné le mouvement de l’hygiène sociale, et par conséquent le mouvement de l’hygiène bucco-dentaire, au début du XXe siècle. Enfin, cette revue a également largement omis la découverte des fluorures dans la prévention des caries dentaires et l’impact qu’elle a eu sur la confusion entre l’hygiène bucco-dentaire et l’administration de fluor.

Récemment, le nombre d’allégations de santé annoncées pour les produits d’hygiène bucco-dentaire augmente à nouveau, au-delà des allégations thérapeutiques dentaires. La National Healthy Mothers, Healthy Babies Coalition, financée par un fabricant de brosses à dents, a conseillé aux futures mères de « s’assurer de se brosser les dents deux fois par jour », car la parodontite contribue à des résultats de grossesse plus défavorables que l’alcool et le tabac combinés.93 Une autre société fabriquant des produits d’hygiène bucco-dentaire décrit sa mission comme étant d’améliorer la santé systémique globale.94 Et « l’entretien vigilant de l’hygiène bucco-dentaire » a été une fois de plus suggéré comme prévention des maladies chroniques de la civilisation telles que les maladies cardiovasculaires.95 Les arguments de plausibilité biologique à la base de ces allégations thérapeutiques, tout comme ceux pour la prévention des caries dentaires, sont en contradiction avec les résultats des essais pivots financés par les National Institutes of Health.

Une solution pour les organisations professionnelles afin de promouvoir une approche fondée sur des preuves pour les recommandations en matière de santé pourrait être d’adopter les lignes directrices 2011 de l’Institute of Medicine et d’exclure largement les experts des panels chargés de rédiger des lignes directrices cliniques fiables.96 Les organisations professionnelles souhaitant approuver des dispositifs, des produits ou des procédures pourraient donner l’autorité finale pour toutes les allégations à ces organisations indépendantes. L’ADA s’est rapprochée de cet idéal en 1930, mais l’expérience a été de courte durée. En repartant de zéro, il pourrait devenir possible d’évaluer dans quelle mesure des allégations thérapeutiques apparemment raisonnables pour les produits d’hygiène buccale, comme la prévention de la pneumonie par aspiration chez les personnes âgées97 ou la prévention de la mauvaise haleine97, sont fondées sur des preuves plutôt que sur la commercialisation. Une telle approche n’empêcherait pas nécessairement les industries de contourner les efforts réglementaires en matière de publicité, mais elle offrirait au moins un bon départ aux consommateurs qui se tournent vers les organisations professionnelles ou gouvernementales pour obtenir des conseils en matière de santé.

« Aucune source de financement externe actuelle pour cette étude ». Je n’ai aucun conflit d’intérêt scientifique, financier ou académique.

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier Andrea Matlak pour ses vastes connaissances sur les matériaux de source historique dentaire et ses efforts inlassables d’assistance. J’aimerais également remercier Stine Slot Grumsen pour ses recherches historiques sur les conflits entre la science et les affaires à l’American Dental Association.

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De la dent saine à la dent propre

Après tant d’années sans réellement écrire, c’est l’occasion de faire un mea culpa : sur cet article, je présentais Edward Mellanby comme le découvreur de la vitamine D. Le mérite en revient en pratique plutôt à Elmer McCollum, parce que Mellanby voyait le principe anti-rachitique de l’huile de foie de morue dans la vitamine A, tandis que Elmer McCollum a isolé une quatrième vitamine qui traite le rachitisme, appelée la vitamine D en conséquence. Parfois c’est Windaus qui est plutôt cité, car ayant eu le prix Nobel. Avec le recul on peut penser que c’est plutôt l’ensemble des chercheurs qui à force de tâtonnements et d’études ont fini par découvrir cette fameuse vitamine.

Actuellement, la vitamine D a le vent en poupe. Elle est une piste envisagée pour le traitement/prévention du covid. FranceTelevision a donc profité de l’occasion pour une courte vidéo présentant la « longue » histoire d’une potion magique.

Petite vidéo digne des périples en archéo-nutrition…

Si j’approuve le choix de garder le nom de Elmer Collum (qui est finalement logique vu son empreinte dans la biochimie de cette époque), ne pas parler de la santé dentaire en lien avec la vitamine D me semblait surprenant. Comme j’en discutais, juste après les os (rachitisme donc), la vitamine D a été étudiée par Mrs Mellanby pour son effet sur les dents, en terme de prévention mais aussi en termes de traitement, avec à l’appui des essais cliniques, sur les chiens notamment.

Cette approche a été poursuivie de manière plus anthropologique par Weston Price, reprenant les études de Mellanby et en y adjoignant ses découvertes (dont très probablement la découverte de la vitamine K2 en soutien aux vitamines A et D).

Il semblerait qu’à cette époque, le principe, le paradigme d’une dent saine, robuste, comme étant immune à la carie prédominait. Et puis, par la suite une forme de semi-amnésie s’est installée, reléguant la vitamine D (la densité nutritionnelle en général) comme au mieux une carence qui affecte la dent, mais sans qu’elle ne soit activement utilisée en traitement. Je comprends que Weston Price soit tombé dans l’oubli : il a manifestement un côté sombre, doit-on séparer l’homme de science…de l’homme tout court ? Toutefois Lady Mellanby a été respectée et ses études relayées partout à l’époque. Et ses études n’ont pas été réfutées proprement, tout se passe comme si la pratique dentaire s’est détournée peu à peu, sans vraiment de raison valable, de ses résultats.

Le symbole, en 2021, est le positionnement alimentaire de l’American Dental Association :

Le fossé entre Mellanby/Price et la position actuelle de l’ADA jette à mon sens un malaise. Nous sommes passés d’un monde qui encourage les bonnes graisses, à un monde qui cherche à les réduire, y compris le collagène pourtant essentiel.

Bon ceci c’est aux USA, la situation peut-être différente ailleurs, on peut lire la thèse de Lola Dallimonti pour s’en convaincre. Cette personne est consciente de l’impact de la nutrition, mais est-ce vraiment le rôle du dentiste que de promouvoir une autre alimentation ? Est-ce le rôle de l’hygiène dentaire que de pourvoir à des carences nutritionnelles ? Traiter le symptôme plutôt que la cause au final ? On pourra compléter sa thèse par cet article peut-être plus complet, et évoque au passage les problématiques de méthylation (gène MTHFR impliqué) dans les becs de lièvre.

Au niveau institutionnel français, le paradigme anti-gras y est aussi moins prédominant en France. Si dans le texte les auteurs placent l’importance d’une bonne alimentation, l’accent y est…toutefois mis sur l’hygiène dentaire sur la dernière page, celle des recommandations. L’ADA exerce aussi une influence sur les institutions dentaires des autres pays.

De manière patente, l’histoire dentaire n’a pas retenu la piste alimentaire comme possible choix de thérapie, alors que c’était en bonne voie d’être un consensus dans les années 20 et 30. Certaines choses se sont passées entre temps, évidemment.

Est-ce que May Mellanby n’aurait pas été victime de l’effet Matilda ?

La minimisation, quand il ne s’agit pas de déni, de la contribution des femmes scientifiques à la recherche n’est pas un phénomène nouveau : l’historienne des sciences Margaret Rossiter l’a théorisé sous le nom d’effet Matilda.

France Info, qui finit l’article par l’exemple évident de Trotula de Salerne

Je m’interrogeais déjà du fait que Edward son mari, s’était attribué ses recherches (dans Nutrition and Disease, 1934), mais n’aurait-elle pas été trahie, aussi par Elmer McCollum ? Sa page wikipedia en français est assez bien fournie, à ma grande surprise, on y découvre que :

Son article « L’effet des additions de fluor au régime alimentaire du rat sur la qualité des dents » (1925) décrit comment un excès de fluor affecterait négativement la santé dentaire chez les rats. Néanmoins, McCollum deviendrait plus tard un partisan de la fluoration de l’eau, car le débat évolua. En 1938, le US Public Health Service a rapporté que l’ajout de fluorure à l’eau potable entraînait une diminution des caries dentaires.

Pas de soucis pour le fluor – dans les bonnes quantités ! -, il est unanimement reconnu comme un adjuvant venant ajouter de la robustesse à la dent. Il s’agit peut-être de la seule survivance de l’hypothèse de la dent saine à notre époque, en tout cas utilisé de manière thérapeutique.

McCollum a été le modérateur de « La cause et la prévention des caries dentaires », parrainé par le Good Teeth Council for Children, Inc., ce même mois. Son article de 1941 «Diet in Relation to Dental Caries» [49] affirmait que la mastication vigoureuse exerce les dents pour conserver une santé optimale, que la mastication des aliments a un effet détergent et que «l’action protectrice d’un excès de graisse dans l’alimentation peut être due au graissage de la surface de la dent et la surface de la cavité bucale « .

Fichtre ! Il se positionne en faveur de l’hypothèse de la dent propre. Un grand ponte comme lui, reconnait les travaux de May Mellanby, sur la vitamine qu’il a lui-même découvert, tout en incitant également à regarder ailleurs…On pourra lire cet article, Diet in Relation to Dental Caries, sur le site de la Weston A Price Foundation. Il essaie de faire une synthèse entre les travaux de May Mellanby et les soucis bactériens, sans vraiment y arriver. Mais, mine de rien le changement est déjà en cours : la recherche va focaliser dorénavant sur les bactéries (découverte de streptococcus mutans) et par voie de conséquence les sucres cariogéniques, et le brossage, le brossage encore, ou le fil dentaire.

Toutefois, un homme, fut-il grand ponte, ne fait pas le printemps…l’hypothèse de la dent saine, a été défendue par le passé, par les institutions-mêmes aux USA (American Dental Association A Council on Dental Therapeutics, l’ADA CDT). Les raisons en sont expliquées dans cet article disponible ici : Historical perspectives on advertising and the meme that personal oral hygiene prevents dental caries.

La traduction française arrive sous peu. Merci à DeepL de simplifier grandement les traductions, il y a un monde entre 2011 et 2021. Google Translate n’était pas au point à l’époque.

Peut être une illustration
Cliquer pour accéder au dossier Inserm sur les dents. Exclusivement centré sur la dent propre !

Il n’est pas question de minimiser la question de l’hygiène dentaire, de l’utilité du brossage, mais de se demander comment concilier dent saine et dent propre. Alors que la seconde hypothèse a durablement marqué les esprits, au point d’en être incontournable, la première est tombée dans l’oubli, et mériterait d’être soit réhabilitée, soit réfutée.

Je viens à ce sujet de finaliser un fil Twitter qui résume très brièvement le document de Philippe Hujoel et l’article ci-présent.

Les sources qui m’ont aidé à écrire cet article :

  • la page Wikipedia de Elmer McCollum
  • Nutrition and Caries par B.C. Jansen (1961) – Amazon imbattable ! –
  • La myriade de pdf de vieux journaux décrépis (dont Diet In Relation To Dental Caries, que la WAPF a mis à disposition sur son site), que parfois sci-hub arrive à récupérer, parfois pas…
  • Good Oral Health and Diet par Scardina et Messina
  • La thèse de Lola Dallimonti « Impact de la nutrition sur la santé bucco dentaire »
  • La thèse de Morgane Deboom « Régimes Végétariens : influences orales et prise en charge au cabinet dentaire »
  • Streptococcus mutans et les streptocoques buccaux dans la plaque dentaire par Guillaume G. Nicolas et Marc C. Lavoie
  • Historical perspectives on advertising and the meme that personal oral hygiene prevents dental caries par Philippe Hujoel

Tranches de lard, de livres et de vie (3)

Pour débuter, voici un tweet qui me parle, et qui rejoint l’état d’esprit dans lequel j’écris les weekends.

WordPress m’impose son nouvel éditeur. Je ne peux plus justifier le texte, l’aligner sur la colonne principale, j’ai l’impression d’avoir perdu des options. Peut-être va-t-il falloir aller trifouiller le code html…en tout cas la balise de justification n’est pas disponible. Un éditeur de texte est censé me faciliter la vie, celui-ci est censé être une amélioration du précédent, alors il est pas si mal, mais ils doivent encore l’améliorer…

Je baisse les bras pour cet article, en espérant une mise à jour.

Cette semaine je me suis remis dans la lecture (et la compréhension !) du processus de méthylation. Le meilleur article en français étant celui de Nutriting :

On y retrouve l’importance d’un équilibre entre divers types d’acides aminés pour que ce processus ne soit pas défaillant. Trop de méthionine, c’est trop d’homocystéine – excès reconnu comme mauvais pour la santé, notamment cardiovasculaire, et vraisemblablement neuropsychiatrique -. On peut réguler en amont cet excès d’homocystéine par l’ajout de glycine dans l’alimentation.

Heureusement en aval, on peut recycler l’homocystéine. Par trois voies :

  • la voie des folates (qui impliquera le « très connu » gène MTHFR). Cette voie permet d’obtenir entre autres d’obtenir une forme active de la vitamine B12. Consommez du foie, des légumes verts, des légumineuses…
  • la choline (mangez des œufs donc !), permettant de recycler l’homocystéine en méthionine à nouveau. Une sorte de retour en arrière dans le cycle.
  • le glutathion, puissant oxydant est obtenu, très grosso modo, avec homocystéine et glycine – pour les détails, c’est dans l’article ! Consommez donc du bouillon d’os. Ou des viandes à mijoter.

L’article conclue sur la version mutée du gène MTHFR : elle empêche le recyclage de l’homocystéine, à moins d’apporter activement la forme de vitamine B9 : du méthylfolate de calcium. Tous les folates ne se valent donc pas en cas de version déficiente du gène MTHFR…avec des conséquences assez dramatiques pour les femmes enceintes. Des tests génétiques existent pour connaitre ses propres déficiences.

Pour creuser sur MTHFR, cet article de SuppVersity est franchement pas mal. J’apprends qu’il est possible de réguler à la baisse l’hypertension par de la riboflavine (vitamine B2) dans certains cas. N’oubliez pas DeepL pour les récalcitrants à l’anglais.

J’ai paraphrasé/résumé l’article comme un sagouin mais le fait est que, à nouveau, on ne pourra pas faire l’impasse d’une individualisation de l’alimentation, et si « écouter votre corps » semblera une injonction new age pour les personnes sceptiques, il leur sera possible de prendre leur santé en main s’ils suspectent une génétique différente qui ne leur permet pas de fonctionner normalement. Éloignez-vous toujours plus des réductionnistes de l’alimentation : la faute aux glucides, la fautes aux protéines animales, la faute aux graisses, la faute à l’acidité…je sais bien que le cerveau aime les solutions simples, mais quand même…

Mon père a été hospitalisé à nouveau. Occlusion intestinale. Effet secondaire de la morphine qu’ils disent. J’ai pu le voir. Cela me fait de la peine de le voir aussi faible. J’arrive à faire l’aller-retour pour le voir (300 bornes dans la journée). Il ne quittera sans doute pas sa chambre d’hôpital.

Dès fois il m’arrive de m’en vouloir ne pas avoir pu avoir d’enfants. La culpabilité de ne pas continuer notre branche familiale, être heureux de partager ça avec eux, tandis que partout chez les oncles et tantes il y a eu des petits-enfants. Ni mon frère ni moi n’avons pu avoir d’enfants, chez lui c’est voulu, chez moi c’est subi. Il me reste du temps oui. Mais mon père lui, plus trop.

Rupture définitive enfin avec ma petite amie. Il était temps. Une lâche qui ne savait pas rompre proprement, j’ai du prendre le taureau par les cornes. Tant pis pour elle, mais cela m’affaiblit quand même, ce n’était sans doute pas la bonne période pour me prendre un déni d’amour en pleine face. La relation vécue sur ces 5 mois était donc un mensonge en continu. On ne choisit pas les mauvais moments à la carte…

Pas de livre aujourd’hui. Je considère l’article de Nutriting comme aussi important qu’un livre. Suffisamment riche en informations, et surtout d’informations très peu disponibles en francophonie, c’est une chance d’avoir un article comme ça, bien écrit, bien mis en forme, avec des infographies qui permettent de faire le point sur une partie des réactions biochimiques qui régulent notre organisme à partir de nutriments qui proviennent de l’alimentation.

Tranches de lard, de livres et de vie (2)

Le livre de l’année dernière en matière de sciences de la nutrition c’était incontestablement l’ouvrage de Stephan Guyenet, The Hungry Brain :

Pour les adorateurs de la langue de Umberto Ecco :

Très peu relayé en francophonie, bien que mon pote Guillaume en parle un peu sur son blog, c’est là un livre de la première importance. En effet, pour la première fois on a un vrai corpus de connaissances vulgarisé – même si j’avoue il faut s’accrocher un petit peu – qui explique de manière logique la prise de poids via le fonctionnement du cerveau. Nous n’avons pas ce petit côté romantique qui est souvent le lot des vulgarisateurs (Ce que l’on appelle le « story telling », je suppose).

C’est donc parfois aride. Il faut se taper des centaines de pages sur les parties du cerveau impliquées, sur les circuits de la faim et de la satiété, sur ce fameux lipostat (rien à voir avec la statine du même nom) qui gère le montant de graisse corporelle à un certain pourcentage du poids du corps.

lipostat
Figure 33 : Le lipostat. Le cerveau (en haut) mesure l’adiposité à l’aide de la leptine et d’autres signaux (à gauche), et régule l’adiposité en conséquence en utilisant une variété de stratégies physiologiques et comportementales qui influencent l’apport alimentaire et la dépense énergétique (à droite). Chez l’homme, l’apport alimentaire est le principal moyen par lequel le cerveau régule l’adiposité.

Donc les calories comptent. Sauf que les mécanismes physiologiques impliqués en arrière-plan sont complexes, et on peut comprendre que le modèle calorique seul pour expliquer l’obésité ne suffisent pas à une partie des gens.

Fort heureusement, le surpoids n’est pas une fatalité malgré un environnement obésogène nous poussant à outre-manger (le système de récompense !), et le docteur Guyenet nous donne une liste de recommandations pour mincir dont celle de prendre soin de son sommeil…le livre de Matthew Walker sera donc utile dans cette voie.

La nouvelle est tombée, tel un couperet. Mon père a bel et bien un cancer. Et un des plus agressifs qui soit. On s’y attendait. On n’était pas dupes. On se doutait que c’était grave. Je suppose que cela requiert plus de présence de ma part. Là exit les préoccupations 2.0 et les remèdes que l’on lit çà et là.

Comment vivre ça ? Je ne sais pas. Au jour le jour sans doute.

Entre peine, impuissance, besoin d’être avec mes parents et envie d’être plus fort, de vivre aussi pour moi à fond, la turbulence des sentiments contradictoires fait rage.

La vie continue, il est vrai…prendre conscience que dans un futur proche mon père ne sera plus, c’est vertigineux. C’est un peu de moi qui s’en va. Rien n’est figé dans le marbre. Je serais un peu différent après cette épreuve.

Soyons forts.

Alors pourquoi je vis un abandon des plus cruels ? Il s’agit d’une prise de distance volontaire de ma petite amie, qui date d’il y a trois semaines. L’annonce de la maladie de mon père ne la fait pas revenir pour autant. Pourquoi cette froideur…c’est dur à supporter, si elle souhaitait qu’on se sépare, autant se séparer. C’est dans ces moments-là qu’on a besoin de soutien, et que la personne avec qui on partage de l’amour et de la tendresse devrait davantage se manifester. Hé bien non…

abandon

La trouvaille culturelle et alimentaire de la semaine :

Les premiers Mongols mangeaient des produits laitiers, mais n’avaient pas le gène pour les digérer.

On peut ainsi affirmer que l’alimentation des humains n’est pas figée dans le marbre…et que l’être humain contourne sa génétique avec maestria pour continuer à se nourrir en dépit d’obstacles a priori infranchissables.

Bon dimanche à tous !

Tranches de lard, de livres et de vie (1)

A ce jour, j’ai repris en main mes activités blogguesques – au sens large – mais mon mode de vie actuel ne me permet pas comme auparavant de creuser certains sujets. Malgré tout le besoin d’écrire se fait ressentir. Je propose donc de débuter une série d’articles plus légers dans la construction, où je parle de sujets qui me préoccupent, sans certitude absolue d’être pertinent.

Cette semaine, je suis retourné voir des amis, et ma famille. Sur la côte méditerranéenne, à Narbonne plus précisément.

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WordPress a bien mûri en 1 an, je teste cette fonction diaporama. J’aime beaucoup, vraiment. Ici ce sont quelques photos prises à Gruissan dont la Tour Barberousse…qui n’est plus qu’une ruine et la plage des chalets (37,2° le matin)

J’avais besoin de prendre ces photos. Pour une raison simple, ce lieu c’est aussi mon enfance. Et je sais que mon père aborde la fin de vie, sans rentrer dans les détails. Ça remue forcément beaucoup de choses. On n’est pas préparé pour ce genre de moments. On peut le concevoir, de manière lointaine. Ça vous tombe dessus, sans prévenir de toute façon. Alors on gère avec plus ou moins de sérénité.

Ma photo préférée, absente du diaporama :

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Je suis particulièrement étonné avec le temps qui passe des réactions des gens sur les réseaux sociaux, ou au moins de certaines personnes en ce qui concerne les pages Facebook. La page du Mythe Végétarien convainc près de 2500 personnes, elle est historiquement la première en francophonie dans la réticence face au(x) végétarisme(s). Il y a toujours des gens qui agissent en consommateurs. Qui donnent des conseils inappropriés, du type comment elle devrait tenir sa page. Quel culot ! Elle ne tient pas sa page pour faire du pognon en étant subventionnée par le lobby de la carne mais pour mettre en garde des possibles dangers du végétarisme. Que cela ne plaise pas, ou que certaines publications fassent tiquer – certaines étant scientifiquement moins robustes, en effet -, il est, à mon avis, de bon ton, de passer son chemin…tout simplement. Les suggestions s’apparentant plutôt à des ordres dans les faits, je pressens que la page fait polémique, et n’est tout simplement pas comprise très souvent, parce que moins monolithique que les autres pages/groupes antivégans, pour résumer. Si quelque chose ne vous plait pas sur les réseaux sociaux, il ne sert à rien de vouloir influencer l’influenceur qui a ses propres motifs et sa propre quête j’ai envie de dire. On prend ce qu’il y a à prendre, et on évite d’être désobligeant. Ce n’est pas un supermarché. On peut même « Ne plus aimer », incroyable !

ne plus aimer

L’an dernier j’ai lu ce bouquin.

matt-us

Cliquer pour acheter !

En d’autres temps je me serais fait un petit plaisir de fin gourmet d’en faire une synthèse en relevant les points cruciaux à mon sens. Et me faire plaisir parce que c’est un bouquin en anglais et qu’y a toujours une petite exclusivité temporaire tant que personne en francophonie ne l’a commenté.

Et puis il est…sorti en français pas plus tard qu’il y a deux mois environ.

matt-fr

Cliquer pour acheter également !

Comme je n’ai plus l’envie urgente de le disséquer, d’annoter et d’en faire un long article…bon ben je donne quand même mon avis, et sans rouvrir la moindre page…

    • Le sommeil est vital, sa carence implique des tas de maladies – dont Alzheimer en favorisant les plaques amyloïdes –
    • Le sommeil trouve sa place au sein des rythmes circadiens qui rythme nos vies, et celui de tous les animaux, avec des différences entre espèces. Les rythmes circadiens bien alignés exercent une pression de sommeil aux bonnes heures, comme une horloge interne. Ce qui rend le sommeil facile et qui va de soi…normalement.
    • La lumière a un effet sur le sommeil. Il est recommandé de s’aligner sur les cycles solaires et prendre le soleil tôt le matin. Et éviter les lumières artificielles le soir*.
    • Évitez les excitants, café et alcool en ligne de mire – même si ça parait trop évident de le rappeler –
    • Attention aux écrans, et notamment à la lumière bleue.
    • Pour les accidents de la route, il faut considérer la carence en sommeil qui semble être pire que conduire alcoolisé
    • Prendre de la mélatonine (qui est une hormone qui donne uniquement un signal) n’est pas une solution viable sur le long terme.
  • La chambre ne doit pas être chauffée…et une douche chaude (au moins les extrémités) aide à l’endormissement ce qui n’est pas intuitif.

Je regrette peut-être un peu le manque de biochimie : on y cause un tout petit peu la gestion du stress via cortisol, noradrénaline et adrénaline, certes. Ou même une approche plus nutri-centrée : pourquoi ne pas parler de GABA ou de l’effet de certains acides aminés, comme la glycine sur la qualité du sommeil ? Bon c’est chipoter, ce livre est tout de même très bon, et il ne fallait pas en faire une encyclopédie du sommeil mais une approche somme toute assez synthétique et qui ne rebute pas le grand public. C’est gagné de ce point de vue.

*A ce sujet, la plus belle déconfiture littéraire sur le noir, l’absence de lumière, la nuit…enfin…comment dire, j’attendais beaucoup de ce bouquin, avec un titre alléchant, mais qui au final était très superficiel.

wakingup

Si vous voulez l’acheter malgré tout…

De l’art de faire comme il faut quand on est végan.

Il est loin d’être évident de s’épanouir dans un régime végan. Voici la traduction d’un article de Denise Minger paru il y a déjà quelques années. On y récolte quelques conseils frappés au coin du bon sens autour de nutriments « sous-estimés ». J’y ai un peu collaboré à cette traduction, mais c’est bien la miss du « Mythe Végétarien » (pas Lierre Keith bien sûr) qui s’y est attelée pour la majeure partie du travail.

Bonne lecture !

Le mythe végétarien

Ne vous fiez pas à la coloration humoristique et ironique du titre, essayez de mettre d’éventuels préjugés de côté et de l’appréhender comme une tentative de passerelle entre nos deux mondes. (j’agite mon tit drapeau blanc ❤ )

Il s’agit de la traduction d’un article de Denise Minger, intitulé For Vegans.

Article original disponible ici

2

Pour vous les végans

Je vous promets que cet article n’est ni angoissant ni mesquin ! 

Malgré les rumeurs qui prétendraient le contraire, je ne suis pas engagée dans une mission de dévégétarianisation des foules, enragée, écume à la bouche. Mon propre régime alimentaire est principalement basé sur les plantes, et je ne touche aucun profit en aucune façon – financièrement ou autre – quand vous décidez de mettre un œuf dans votre bouche au lieu d’une masse de protéines végétales texturées. Mon seul but en tenant ce blog est de balayer la mauvaise…

Voir l’article original 4 488 mots de plus

Périple en archéo-nutrition : une question de cétose et d’épilepsie

Le régime cétogène a le vent en poupe. Inutile de le présenter, il y a suffisamment de sources sur internet, y compris en francophonie depuis quelques années. Il s’agit d’un régime alimentaire qui vise à atteindre l’état de cétose, en agissant par le biais de trois approches :

  • par la restriction sévère des glucides, via notamment par la maitrise de la glycémie et de la production d’insuline
  • ou tout simplement en jeûnant
  • à titre secondaire, par l’ajout d’aliments qui vise à la production de corps cétonés (comme l’huile de noix de coco par exemple)

Pour aller plus loin, avec des connaissances qui détonnent un peu dans le milieu, voire même s’inscrivent en faux par rapport à ce qui se dit, je suggère ainsi ces deux vidéos de Chris Masterjohn :

Pourquoi les inuits n’ont jamais été en cétose, malgré leur régime riche en graisses

Les régimes cétogènes ont peu à voir avec les glucides et l’insuline

On sait depuis un siècle que la cétose a peu à voir avec l’acidocétose des diabétiques qui elle est à éviter : sur le Journal des débats politiques et littéraires en 1923, ceci est très bien expliqué, quoique de manière technique :

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Pourquoi donc le régime cétogène au cours des années 2000 est-il revenu sur le devant de la scène ? Sans doute grâce à son succès vieux comme le monde sur la prise en charge de l’épilepsie. Et ceci…depuis presque un siècle, comme on peut le lire sur Pédiatrie : organe de la réunion lyonnaise de pédiatrie publié en août 1928.

(cliquer pour voir les images en plus grand !)

(A noter les pubs pour les compléments alimentaires et surtout l’huile de foie de morue !)

Un article très intéressant, avec les mots d’hier pour décrire ce qu’on redécouvre aujourd’hui. Je note dans la conclusion quelque chose qui fait écho à une découverte récente :

Le mécanisme de l’action du régime cétogène sur l’organisme des épileptiques n’est pas entièrement élucidé. Wilder invoque l’action anesthésiante qu’exercerait sur le système nerveux l’acide diacétique. Helmholz a l’impression qu’il s’agit de phénomènes encore mal connus du métabolisme des graisses. L’opinion la plus répandue est celle de Bigwood, pour qui, dans l’épilepsie essentielle, les crises se produisent toutes les fois qu’il y a dans le plasma sanguin tendance plus ou moins marquée vers l’alcalose. Cette alcalose agirait en favorisant l’action d’un produit qui serait la cause même de la crise, produit toxique encore mal connu.

La cétose semble fonctionner mais on admettait ne pas savoir pourquoi. Et pas plus tard que la semaine dernière, je retwitte ce lien fort intéressant, invoquant la piste du microbiote. La flore bactérienne était déjà connue, mais fort mésestimée, il est fascinant qu’il faille plus d’un siècle pour cibler les mécanismes en question. Le lien direct vers l’article. Comme il s’agit d’une étude sur les souris, patience encore pour la validité du mécanisme à l’œuvre chez l’humain, mais nul doute que cela sera la prochaine étape testée.